Ancien footballeur professionnel, l'Américain Jim Keady a déclaré ouverts, hier à Sydney, ses Jeux Olympiques à lui. Qui se déroulent sans le sponsor officiel du CIO, à qui il reproche de ne pas respecter les droits de l'homme et du travailleur dans les usines indonésiennes.
JIM KEADY est un gentil garçon de 28 ans, sportif, catholique pratiquant. Et un sacré emmerdeur. Alors que le Comité international olympique tient salon dans l'un des hôtels les plus luxueux de la ville, il a déclaré ouverts ses Jeux Olympiques à lui, hier dans le parc Victoria en face de l'Université de Sydney. Une assemblée de 200 personnes, organisateurs compris, y arboraient des pancartes et tee-shirts on ne peut plus explicites : le logo propre à la marque a été inversé, et souligne le slogan : « Just stop it ».
Arrêter quoi ? Depuis trois ans, Jim Keady est parti en croisade contre ce géant de l'équipement sportif, coupable selon lui de ne pas respecter les droits de l'homme et du travailleur dans les usines indonésiennes. « J'ai appris leurs pratiques quand j'étais entraîneur à la St-John's University, une des meilleures équipes de soccer en championnat universitaire américain, explique l'ancien joueur pro des New Jersey Imperials, une équipe de 3e division américaine. J'ai refusé de revêtir les équipements du club, en expliquant à la direction de l'université qu'en tant que catholiques, ils ne pouvaient pas souscrire à de telles pratiques ». Aussitôt dit, aussitôt viré : on ne demande pas à un coach de faire de la politique, et encore moins de se fâcher avec un sponsor de cette envergure.
Dix francs par jour
Qu'à cela ne tienne, Jim a créé avec quelques acolytes une structure chargée de surveiller et répertorier les agissements coupables de l'équipementier et de ses sous-traitants. Jim joint les actes à la parole : il vient de passer le mois d'août à Tangerang, en Indonésie, à essayer de survivre avec deux dollars australiens par jour, soit dix francs. « Ça ne suffit de loin pas. Pour un homme seul, il faut au moins trois dollars, et pour une famille avec un enfant au moins cinq dollars ».
« Comme on coupe du bambou »
Et pourtant. Dix francs, c'est le salaire que touchait un ouvrier comme Jullando, également présent hier à Sydney, et qui a été renvoyé pour avoir dit ouvertement que dans son usine, « il y a toutes les semaines des blessés graves en raison de la pression des superviseurs, qui veulent atteindre les quotas fixés par la compagnie ». Autres griefs retenus contre la firme en Indonésie : des traitements humiliants, des menaces, brimades, tous éléments consignés dans un rapport intitulé « Comme on coupe du bambou ». L'idée de venir brasser l'air et les idées à Sydney est venue à Jim pendant son séjour indonésien : c'est autant les athlètes qui arborent la marque abhorrée que le citoyen lambda que tente de convaincre l'Américain : « A Tangerang, les gens me demandaient tout le temps : "Jim, ces athlètes, ils en ont quelque chose à faire de nous ? Ils pensent à ceux qui leur fabriquent des chaussures ?" Je ne pouvais répondre que pour moi, et je me sentais honteux. J'étais gêné d'être un athlète aujourd'hui. J'avais envie de leur dire qu'il y avait des centaines de sportifs et de coaches qui se soucient d'eux. Mais la vérité, c'est qu'il n'y en a aucun ». Aucun feu d'artifice n'a d'ailleurs été tiré à l'issue de la cérémonie « alternative » d'ouverture : la fête des gens à l'aise dans leurs baskets est prévue pour vendredi.
SURFER Le site de Jim Keady : http://www.nikewages.org Le rapport « Like Cutting Bamboo » peut être consulté sur http://www.caa.org.au/campaigns/nike/index.html
A la Saint John's University, Jim Keady a refusé de porter les équipements du club. Il a été viré. Ça ne l'empêche pas de poursuivre sa croisade en faveur des droits de l'homme.
AFP











