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Sur la route de Portinatx, un jour d’été superbe... quelques heures avant la tempête.

 


SUR LES
RÉCIFS

  • Le lendemain, nous reprenons la mer pour retourner vers l’abri salvateur de San Antonio, plus au sud, histoire de se refaire une santé.
    Sur la route, comme témoin de la violence de la tempête, un voilier est couché là, échoué sur les récifs qui bordent la côte d’Ibiza à deux pas de Cala Portinatx.

    Un drame s’est joué là, la nuit dernière. Triste spectacle auquel, par chance, nous avons échappé dans notre lutte pour la vie. Nous rêvons de vacances à la montagne...

 


 

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Cauchemar à Portinatx

Cette nuit du 3 au 4 août 2000 restera sans doute gravée pour longtemps dans nos mémoires, pour avoir lutté durant des heures sombres contre la perte totale de notre bateau.

Si l’on sait, depuis Joseph Conrad, que la mer est une métaphore parfaite de l’âme humaine et de ses combats, cette fois-ci le combat était bien réel, une lutte pour la vie tout simplement.
La mer est belle en ce début de journée et nous gagnons à la voile l’un des plus beaux sites d’Ibiza, situé à 15 miles au nord-est : le mouillage de Cala Portinatx. Une étape, avant de rejoindre Majorque, à dix heures de navigation de là.
C’est un vaste plan d’eau, masqué par une langue de roches basses et délimité par la pointe Galera et la pointe de Marès qui porte une vieille tour. Nous jetons l’ancre au sud de l’anse principale, dans une eau bleue limpide. Le temps est merveilleux, nous passons l’après-midi à nous baigner dans ce petit de coin de paradis.

ERREUR: PAS DE METEO

Nous n’avons pas pris la météo (grave erreur), mais au cas où le vent se lèverait du nord ou du nord-est, j’envisage d’aller mouiller notre ancre dans un repli de Cala Portinatx, plus abrité de la houle du large semble-t-il, à quelques dizaines de mètres au sud-est de pointe Galera.
Après le bain, la balade : nous rejoignons le rivage. Deux heures passent et, à notre retour, le vent s’est levé. Je décide, par précaution, de mettre mon plan de "mise à l’abri" en application.

LE VENT SE LEVE : 7 BEAUFORT

Le temps de se préparer, puis de remonter l’ancre et le vent a déjà forci (force 5, puis 6 et 7 sur l’échelle Beaufort): pas de doute, c’est un coup de vent de nord-est qui nous tombe dessus… et notre nuit d’enfer peut commencer.
Première surprise en arrivant dans la petite calanque bien abritée : elle est déjà bien encombrée. Nous mouillons l’ancre dans un couloir de vent et, en culant, " Maldoror " se met en travers. Pas le temps de réagir, nous dérivons vers un petit bateau à moteur amarré sur une bouée, notre hélice se prend dans son amarre et nous voilà à la merci des éléments, sans possibilité de manœuvre à dix mètres des rochers qui couvrent la côte. L’ancre a la bonne idée de tenir, mais le jour tombe et nous faisons des signes désespérés à un groupe qui nous observe depuis un appontement de bois. Ils ont compris! Coup de chance, ce sont des plongeurs locaux et ils n’hésitent pas à venir nous tirer de ce guêpier. Une demi-heure plus tard nous sommes à nouveau manœuvrant, la nuit est tombée et nous décidons de mouiller à nouveau dans la petite calanque, persuadés que Cala Portinatx est battue par une houle infernale.

LE SCÉNARIO DU PIRE

La place est comptée, j’ai à nouveau jeté l’ancre mais nous sommes à dix mètres en avant d’un autre voilier. Le vent continue de monter et plus question de dormir car si nous dérapons nous irons nous précipiter sur le voilier. Véronique et moi veillons dans le cockpit, tandis que les enfants sont allés se coucher bien au chaud. Peu après minuit, le scénario du pire se réalise : alors qu’un yacht, proche de nous ne cesse de relever puis de mouiller son ancre, nous dérapons dans la nuit noire sous les coups de butoir du coup de vent. Il y a urgence ! Vite, le moteur en route, remonter la chaîne et l’ancre, en veillant à bien rester dans l’axe du vent, sous peine d’être pris par le travers et propulsés sur les rochers. Plusieurs fois nous tentons de mouiller à nouveau, plusieurs fois aussi nous nous approchons à toucher des rochers qui bordent la rive de la calanque. Heureusement, la côte est accore et franche. Nous manquons de heurter plusieurs voiliers.

LE CAUCHEMAR

A chaque fois, notre ancre dérape et à un moment, nous pensons même avoir pris notre ancre dans la chaîne d’un autre bateau au mouillage, c’est le cauchemar ! Comment nous tirer de ce trou ? Rien d’autre à faire que d’en sortir, quitte à prendre la mer car le pire c’est bien d’être mis à la côte.
Tous feux allumés, nous quittons cette calanque d’enfer mais, au dehors, c’est pire encore. Il est deux heures du matin et nous tentons de négocier dans la nuit d’encre le passage entre les deux pointes (non balisées car il s’agit d’un mouillage sauvage) lorsqu’une déferlante couche littéralement le bateau (il pèse six tonnes).
J’ai juste le temps de crier : "Accrochez-vous!", et le mât est déjà à hauteur des vagues, à l’horizontale. Le bateau part au surf comme un vulgaire matelas de plage, j’entends les vagues briser violemment sur la côte, je tire la barre à fond pour nous recaler vers le milieu de la passe... Curieuse sensation, j’en garde des frissons rétrospectifs.
Cette fois, j’ai compris : la mer ne veut pas de nous et nous retournons au fond de Cala Portinatx, la "Cala Grande", certes ouverte à la houle et au vent, mais nous sommes prêts à tenir face au vent, moteur en route, en espérant que le vent tombera avec le jour. Nous mouillons à nouveau nos trente mètres de chaîne et notre ancre. Miracle, le bateau a l’air de tenir, pourtant chahuté par le vent et les vagues. Nous restons sur le pont toute la nuit et les alignements n’ont pas bougé lorsque le petit jour se lève. Nous sommes épuisés par cette nuit de cauchemar.

Sur le web

  • Nautiweb,
    le site des marins sans frontières

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