Le meeting international de l'aéro-club de l'Ochsenfeld aura lieu demain à Cernay. Avions de voltige, de chasse, de vitesse ou de ligne feront le spectacle. Leurs pilotes sont aussi leurs constructeurs.
O</</B> b>N ACHÈTE la plus grande maquette possible en plastique, on augmente les dimensions à l'échelle choisie pour notre modèle, et ensuite, on se met à construire l'appareil.
Ossature en bois, ailes en polystyrène coffré de bois, guidage radio, servo-moteurs électriques pour les gouvernes... La recette des aéromodélistes de Cernay semble simple, mais elle exige un savoir-faire complexe, beaucoup de travail, des budgets conséquents, et surtout, une passion hors normes. Michel Henn, le président, a mis deux ans à construire son Spitfire de la bataille d'Angleterre. Il est allé jusqu'à apposer 5000 rivets sur les ailes et le fuselage, sous forme de points de colle blanche ! La peinture a ensuite été appliquée au pistolet, de biais, pour donner du relief à ces rivets factices.
Entraîner la DCA
Aloyse Krugler, salarié civil de la base aérienne de Meyenheim, aujourd'hui à la retraite, préfère construire des avions de ligne. il fait voler une Caravelle, un Concorde et bientôt un DC 9, dont la construction est en cours. Ses modèles, qui peuvent atteindre ou dépasser les quatre mètres sont impressionnants. Avec d'autres, Aloyse les emmène régulièrement à Meyenheim pour entraîner les défenses DCA de la base. « Les modèles réduits sont des cibles idéales » explique-t-il.« Lors des exercices, nos appareils font intrusion dans l'espace aérien de la base, et les servants des canons de DCA doivent les « accrocher». Un système électronique permet de constater s'ils visent juste. Sans aller jusqu'à tirer, bien sûr.» Comme quoi, on peut allier sa passion de l'aviation civile et les impératifs militaires de la défense nationale. Un seul regret pour Aloyse : installer de vrais réacteurs sur son Concorde ou sur sa Caravelle est au dessus de ses moyens, si bien que ses avions continuent à être propulsés par des hélices. Un réacteur coûte 20 000 F, et nécessite le renforcement coûteux de toutes les gouvernes. « La poussée est énorme, l'avion va plus vite, il faut des servo-moteurs capables de peser sur les ailerons et la dérive, sinon on risque d'en perdre le contrôle.» Dimanche pour le meeting de l'aéro-club de l'Ochsenfeld, les avions à réaction viendront d'Allemagne, où les modélistes ont résolument franchi le pas. Leurs jets sont tous propulsés par des réacteurs, et ils n'en manquent pas : F 105, Mirage, Rafale... Ce sera l'une des attractions du meeting, tant sur le plan de l'oeil que sur celui de l'oreille. Les turboréacteurs des modèles réduits font un bruit exactement semblable à leurs grands frères !
L'as de la voltige
Cédric Gutzwiller est l'un des rares qui ne construit pas lui-même ses avions. Lui, préfère la voltige. Avec son Giles 202 acheté en kit, il présente des figures étonnantes. L'une d'elles, le torque-roll, consiste à faire tenir l'avion immobile, accroché à son hélice, comme certains insectes à leurs élytres. Peu de modélistes maîtrisent cette figure, mais Cédric n'est pas le premier venu. Il a participé cette année à plusieurs manches du championnat d'Europe. Pilote-t-il aussi de vrais avions ? « Ça ne m'intéresse pas », dit-il. « Je préfère regarder ce qu'on peut faire depuis le sol.» Il est certes moins éprouvant physiquement de faire danser un avion dans lequel on ne se trouve pas écrasé ou ballotté par des accélérations démentielles, mais ne vous y trompez pas : le stress et la précision de pilotage sont les mêmes. La moindre erreur peut coûter la perte de l'appareil. Et le matériel utilisé par Cédric coûte plus de 20 000 F...
Les Américains attaquent
On pourrait évoquer encore bien d'autres « spécialités » chez les modélistes de Cernay : ils sont 70 au total ! Certains aiment les hélicoptères, d'autres les avions de vitesse. André Gétault a choisi le Pilatus pour tracter des planeurs et larguer des parachutistes. Dimanche, il utilisera ce célèbre avion à tout faire pour larguer des bonbons au dessus des spectateurs du meeting ! Il se consacre par ailleurs à la formation des jeunes, avec des boîtiers émetteurs à double commande. Daniel Platel, un ancien président du club, a un faible pour le mythique Nord-Atlas. Il a également construit, en même temps qu'Aloyse Krugler, sa propre Caravelle. « On a dessiné les plans ensemble. On travaille très souvent en équipe, au sein du club.» François Knoll aime la voltige, et Serge Hassenforder est un mordu de « Warbirds », les avions de la Seconde Guerre mondiale. On le voit sur notre photo avec son Spitfire jaune. Tous seront présents dimanche sur le terrain de l'Ochsenfeld, pour faire partager leur passion. Cette année, le clou du spectacle pyrotechnique sera l'attaque d'une base aérienne japonaise par des avions américains (15 h 30). Sans oublier les spécialités traditionnelles du club cernéen : chasse au renard (combat aérien), course au crevé de ballons...
Y ALLER Dimanche à partir de 14 h, terrain de l'Ochsenfeld, derrière Fisher Controls (après le motocross). Entrée 15 F (gratuit pour les moins de 12 ans). Buvette, petite restauration et pâtisseries.
Quelques membres de l'aéro-club de l'Ochsenfeld avec leurs avions. Il y en aura bien d'autres encore demain.
Photos Patrick Fluckiger
Cédric Gutzwiller s'amuse à mettre son avion de voltige en vol stationnaire, accroché à son hélice.











