Une vingtaine de familles d'enfants handicapés de Strasbourg ont obtenu que la Ville cofinance des postes supplémentaires d'accompagnement de leur enfant. Mais la pérennisation de ces emplois reste en suspens.
L'association alsacienne le Chaînon manquant, qui mène une expérience pilote en matière d'accompagnement des enfants handicapés en milieu scolaire ordinaire, a connu des problèmes financiers peu avant la rentrée (voir nos éditions régionales du 27 août au 1er septembre). Une réunion d'urgence le jeudi 31 août, menée avec la DDASS, la direction régionale du travail et de l'emploi, le rectorat et les représentants de l'Etat a permis de dénouer une partie de la crise : à savoir la mise à disposition d'auxiliaires d'intégration scolaire pour les enfants qui avaient bénéficié de cette aide l'année dernière. Le dispositif, qui fait appel à des emplois-jeunes, nécessite la prise en charge financière de 10 % du salaire des auxiliaires d'intégration par les communes ou par d'autres partenaires financiers. Mais pour plusieurs familles strasbourgeoises, qui avaient fait la demande cette année d'un tel accompagnement, aucune solution n'avait pu être apportée, faute d'un cofinancement par la ville de Strasbourg d'une quinzaine de postes supplémentaires. Les parents concernés, soutenus par d'autres familles d'enfants handicapés, se sont retrouvés mardi dernier dans le hall du centre administratif, place de l'Etoile, pour demander une rallonge de l'aide de la Ville. Ils ont été reçus vers 18 h par Alain Kauff et Nicole Dreyer, deux adjoints du maire chargés respectivement des emplois-jeune et de l'éducation, auxquels s'est jointe Marie-Hélène Gillig, députée européen et deuxième adjointe au maire de Strasbourg.
J'en ai marre de demander la charité pour que mon enfant puisse aller à l'école
« La ville finance actuellement 160 postes d'emplois-jeunes au sein de sa propre administration, a précisé Alain Kauff, et cofinance d'autres postes dans un certain nombre de projets, dont 15 emplois-jeunes au sein de l'association le Chaînon manquant, qui forme et encadre des auxiliaires d'intégrations pour accompagner des enfants handicapés en milieu scolaire ordinaire. Or, nous sommes maintenant sollicités par cette association pour cofinancer 40 postes, ce qui nécessite une intégration budgétaire qui ne se décide pas en quelques jours.» Selon l'élu, la Ville a appris par voie de presse la tenue de la réunion du jeudi 31 août : « Nous n'avons pas été associés à ces discussions, alors que nous sommes prêts à une reprise des négociations avec les différents partenaires financiers de ce système. Mais il faut également prévoir une enveloppe budgétaire». Mais les parents refusent l'argument purement budgétaire avancé par la Ville. « J'en ai marre en tant que parent, a martelé un père de famille vivement applaudi par les autres, de demander la charité pour que mon enfant puisse aller à l'école. Je ne veux plus vendre du miel ou des oranges pour qu'il puisse faire sa rentrée!» Et un autre de poursuivre : « l'an dernier, l'auxiliaire d'intégration qui accompagnait mon fils était sur deux postes les six premiers mois, ce qui fait que deux enfants ont été scolarisés à mi-temps. Ce n'est pas acceptable.» Une autre famille qui revient du Canada où elle a séjourné plusieurs années renchérit : « Au Canada, c'est l'Etat qui a pris en charge la scolarité de notre fils en milieu ordinaire. Après notre retour à Strasbourg, j'ai voulu trouver un interlocuteur à la mairie pour résoudre la question de sa rentrée scolaire. Je me suis fait renvoyer de service en service pendant plusieurs semaines, sans résultat.»
Je me suis fait renvoyer de service en service pendant plusieurs semaines
Marie-Hélène Gillig a reconnu que la situation était devenue très complexe en raison de l'explosion du nombre des auxiliaires d'intégration. Mais elle a surtout voulu rassurer les parents pour l'immédiat. « Nous allons trouver une solution, je vous le garantis. Si le Chaînon manquant a les moyens humains pour les postes manquants, la ville suivra pour le cofinancement.». Mais comme l'a souligné l'adjointe au maire, cette solution ne peut être que provisoire. « Nous avons prévenu le Chaînon manquant l'an dernier que le problème de la pérennisation des emplois d'auxiliaires d'intégration scolaire, et plus largement celui des emplois-jeunes en général, allait se poser. En effet, d'ici un à deux ans, on arrivera au terme du dispositif de cinq ans mis en place par l'Etat. Il faudra qu'au plan national, des solutions soient trouvées pour intégrer et financer ces nouveaux emplois ». Et c'est bien là que le bât blesse. Car la plupart des emplois-jeunes ont permis de créer de nouveaux services au sein d'associations ou d'organisations dont les usagers ne veulent plus se passer. Les premiers concernés, ceux qui occupent ces emplois-jeunes, commencent à tirer la sonnette d'alarme, comme en témoignent le mouvement annoncé des médiateurs de rue de la Communauté urbaine de Strasbourg. Ils ont déposé un préavis de grève pour mercredi prochain et ont annoncé une grève administrative illimitée. Or, pour l'instant, aucune solution politique au plan national n'a été proposée pour répondre à cette inquiétude légitime.
Une quarantaine de familles ont obtenu de rencontrer des élus de Strasbourg, mardi dernier, pour résoudre le problème de la rentrée scolaire d'une quinzaine d'enfants handicapés.
Jean-Marc Loos











