A Saint-Germain, Luxeuil, Vesoul ou Gray, des barrages plus ou moins filtrants ont été mis en place hier. Il est maintenant impossible, sauf autorisation spéciale, de trouver du carburant dans le département. L'inquiétude grandit.
LA CIRCULATION, à la veille du week-end, était bien moindre qu'à l'accoutumée sur les routes haut-saônoises.
Au centre opérationnel départemental d'incendie et de secours (Codis 70), les interventions étaient à la mesure de la circulation : rares. Chacun économise maintenant quelques gouttes d'essence ; une richesse que certains ne possèdent plus. Hier matin, une cinquantaine d'artisans ont bloqué le centre de Saint-Germain. L'action était notamment initiée par Gilles Gavoille et Guy Laroch, qui dirigent respectivement une entreprise de couverture-zinguerie-chauffage-sanitaire à Melisey et une entreprise de maçonnerie à Lantenot. Faute de carburant, une trentaine d'employés étaient privés de travail. « Je possède 13 véhicules de chantier. La hausse du prix du pétrole représente une perte mensuelle de l'ordre de 7000 à 8000 francs, se justifie Gilles Gavoille, qui proteste contre certaines mesures prises par le gouvernement, notamment la suppression de la vignette pour les particuliers. Pourquoi ne pourrions nous pas bénéficier de cette faveur?» Route de Lantenot, une grue de 40 tonnes barrait la chaussée. Rejoints par les agriculteurs locaux, par les salariés de chez Valdenaire Déménagement, mais aussi par des villageois solidaires, les manifestants étaient bien décidés à poursuivre leur mouvement durant le week-end.
Une goutte d'espoir
Mais l'action la plus spectaculaire et la plus contraignante pour les usagers de la route a certainement été menée à Luxeuil. Points stratégiques par excellence, le rond-point de Saint-Sauveur et le carrefour de l'Europe, qui mène à Fougerolles, avait été investis par des particuliers et des artisans. Ce barrage « très filtrant » a ainsi causé de nombreux désagréments. Pour ceux qui comptaient emprunter la N57 et la N64, une déviation avait été organisée par la gendarmerie. Au centre-ville de Vesoul, les agriculteurs ont procédé à une opération-escargot. Montrant leur détermination, ils ont également déversé du fumier et du lisier devant la trésorerie générale. Entre Vesoul et Gy, à la « Croisée de Moscou », sur le CD 474, des artisans ont filtré la circulation tout comme au centre de Gray. Sur les 14 stations-service réquisitionnées dans le département pour satisfaire les besoins des véhicules prioritaires, sept -Champlitte, Lure, Saint-Sauveur, Vesoul (2), Noidans et Melisey- ont été approvisionnées hier en gasoil (196 000 litres), sans plomb 95 (47 000 l), sans plomb 98 (33 000 l) et super (3 000 l).
Ras-le-bol général
Au centre Leclerc de Lure, l'arrivée, aux environs de 10 h, des camions-citernes a provoqué un véritable raz de marée vers les pompes. Les plus vifs ont été servis sans que la permission leur ait été donnée. Daniel Prunier, PDG de la grande surface, a alors fait appel aux forces de l'ordre. Sous la direction du commandant Plousey, secondé par le capitaine Thiabaut, les policiers ont procédé à un contrôle draconien des autorisations.
Partout, la grogne et la colère. Des représentants de la fédération du bâtiment (BTP70) ont présenté un cahier de doléances à Anne Merloz, préfète de la Haute-Saône ; ils combattent« un véritable « racket fiscal », une véritable provocation en ces temps difficiles et exprimentun ras-de-bol général en face d'un Etat qui semble chercher la confrontation sociale généralisée».
La CGT estime pour sa part que depuis « des mois, le prix des produits pétroliers (essence, gas-oil, fioul) flambe. L'augmentation est en moyenne de 20 % pour les ménages sur une courte période.Elle rend insupportables les dépenses de chauffage pour un nombre important de familles. Elle représente une ponction nette de 250 F par mois pour un salarié qui utilise chaque jour sa voiture pour aller au travail». Hier, des salariés ont dû se résoudre à rester chez eux. Une économie de carburant pas toujours appréciée...
A Saint-Germain, une cinquantaine d'artisans, disposés à poursuivre leur action ce week-end, se sont regroupés pour bloquer la circulation au centre du village.
Photos Sylvain Michel
Les pompes du centre Leclerc à peine appro- visionnées, les forces de police luronnes ont organisé un contrôle des autorisations.











