Pas plus sportif que ça, Bâbak Amir-Tahmasseb a débuté le canoë-kayak pour musarder et voir les canards. Treize ans plus tard, le Strasbourgeois déteste toujours autant la natation. Mais aux Jeux, il prendra place dans son kayak biplace pour arriver en finale et, pourquoi pas, voir des médailles.
BÂBAK RIME avec kayak. Et pourtant, à entendre le jeune Strasbourgeois narrer ses jeunes années, la première rencontre entre le quintuple champion de France et cette discipline olympique aurait fort bien pu se solder par un non-lieu sur les berges de l'Ill.
Car le cadet des Amir-Tahmasseb n'est pas sportif pour un sou lorsqu'il débarque en Alsace, petit Franco-Iranien de sept ans. Jusqu'alors, il a partagé sa vie entre Téhéran, où travaillaient ses parents architecte et kinésithérapeute, et la maison des grands-parents, au bord de la Mer Caspienne. « Mon père faisait un peu de sport. Moi pas du tout. J'étais assez pantouflard, je jouais comme un gamin de sept ans, c'est tout. En Iran, les sports phares, c'est le foot et la lutte. Je n'ai jamais joué au foot, et je n'ai jamais fait de lutte. Même en France, j'ai mis du temps avant de faire du sport ». Ce n'est qu'à l'âge de dix ans qu'il commence à s'intéresser un tant soi peu à une activité physique. Pourquoi le canoë-kayak ? « Mon grand frère, Marc, avait des problèmes de dos. Et ma mère, kiné, estimait que c'était bon pour lui de faire un sport qui lui renforce le dos. Et du coup, le petit frère a suivi. C'est tout bête, c'était vraiment du hasard ! Je me rappelle : les deux premières semaines, le kayak, ça ne me plaisait pas du tout. Il ne voulait pas aller droit, et ça me gonflait ! Mais au fur et à mesure, j'ai commencé à me faire plaisir ».
Le jeu entre gamins, c'était d'aller à la baille
Ses premières courses, il ne les fera qu'un an plus tard. « J'étais nul ! Je finissais toujours dans les derniers. J'avais dix, onze ans, je n'avais jamais fait trop de sport avant et on me disait : tu pars d'ici et t'arrives là à fond. Entre-temps, j'avais tout le temps de regarder les canards. Le jeu entre gamins, c'était d'aller à la baille. Après tout, on n'y allait pas en costard ! Et si jamais tu ne finissais pas à l'eau, on t'aidait largement à y aller. Ce n'est qu'à partir de treize ans que je suis passé du côté ludique, ballade, à la compétition. A cet âge-là, tu essayes de te valoriser par tes perfs ».
Il s'entraîne avec des adultes, qu'il rattrape, puis dépasse petit à petit. Et lorsqu'il ne trouve pas de partenaire d'entraînement de sa taille, il se mesure avec les biplaces. Il est de plus en plus rapide, et c'est désormais au tour des canards de le regarder filer. C'est en cadets qu'il perce véritablement à haut niveau. « Je faisais de la descente de rivière, qui n'était pas une discipline olympique. A l'époque, je pensais à faire mon chemin, j'avais des objectifs à court terme : intégrer l'équipe de France, réussir des compétitions internationales ». Chez les juniors, il devient champion du monde d'une discipline qu'il abandonne l'année suivante. Ce qui l'intéresse désormais, lui le gamin qui ne faisait pas de sport, c'est de participer aux Jeux Olympiques. Il se lance dans la course en ligne et ne tarde pas à truster les titres nationaux et les finales internationales.
Je voulais faire le beau tous les jours
Auréolé de ces succès, Bâbak intègre en 1998 le Pôle France de Vaires-sur-Marne, où il tombe de haut : « Au début, à l'entraînement, je n'acceptais pas d'être parfois derrière des gars qu'il m'était arrivé de battre en compétition. Je voulais faire le beau tous les jours, mais au bout d'un moment, je me suis fait une raison, et je me suis dit : bon, je me concentre sur mes objectifs. A une plus grande échelle, les Jeux, c'est ça aussi : certains veulent être très forts toute l'année, au risque de passer au travers à Sydney. Moi, je préfère être moyen toute l'année et être très fort aux Jeux ».
L'Alsacien est d'autant plus motivé pour le rendez-vous olympique qu'il a été privé, il y a un an en Italie, de ses chances aux championnats du monde, après une disqualification pour un prétendu faux départ en série du K1 500. « J'ai gagné cette série avec deux secondes d'avance pour apprendre, une demi-heure plus tard, que je suis disqualifié pour faux départ. En demi ou en finale, je ne dis pas, mais là, en série, c'était absurde. On ne peut même pas dire qu'il y a eu des magouilles. Mais il y a eu d'énormes erreurs lors de ces championnats. Pour moi, c'est une grosse frustration, parce que j'étais serein pour cette compétition. C'est une médaille qui m'a échappé. Et c'est une place de plus pour les JO que la France aurait pu gagner si j'étais monté sur le podium...»
Pour mettre cette fois toutes les chances de leur côté en Australie, Bâbak et le collectif France sont partis en stage en février, à Penrith, sur le site de la compétition olympique. Ils ont trouvé là-bas un bassin empli d'algues et très exposé aux vents. « Normalement, les organisateurs ont traité le site contre les algues. Et les compétitions auront lieu tôt le matin. C'est là que les conditions paraissent les plus favorables. Cela dit, les Australiens disent que septembre est le mois des cerfs-volants. Et le vent, c'est l'ennemi N°1 du kayakiste ». Le Strasbourgeois a raison de se méfier : lundi encore, la tempête faisait rage sur Sydney. Bâbak, qui rime avec kayak, sera-t-il cette fois épargné par les couacs ?
Autant il aime flotter, autant Bâbak Amir-Tahmasseb a horreur de nager. « Même quand je fais la planche, je marche au fond », concède le Strasbourgeois.
Hervé Kielwasser











