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Edition du jeudi 7 septembre 2000

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L'homme à la carpe

Passionné de pêche, issu d'une famille de lutteurs à 200%, Yvon Riemer espère revenir de Sydney avec une médaille olympique dans son épuisette. Ce ne serait que justice pour ce champion qui s'est forgé un palmarès hors JO exceptionnel, au prix de nombreuses blessures.

MÉFIEZ-VOUS de la carpe qui sommeille en Yvon Riemer : elle pourrait bien valoir à son propriétaire une médaille d'or, le 26 septembre à Sydney, jour de la finale des -76 kg en lutte gréco-romaine. Car à force de courir les compétitions dans le monde entier et d'assouvir sa passion pour la pêche aux étangs de Brumath, Bischwiller ou la Wantzenau, ce champion hors pair s'est forgé une philosophie très personnelle de son sport.

La lutte et la pêche à la carpe, c'est du pareil au même : c'est une science exacte. « Eh oui, la lutte et la pêche à la carpe ne sont pas très éloignées », lance Yvon Riemer, très convaincant dans sa leçon de choses : « Quand vous pêchez la carpe, il faut de la stratégie. On se met au bord d'un lac et on essaye de repérer l'endroit où se trouve la carpe. C'est un poisson difficile à pêcher, qui ne se met pas n'importe où. Après, il faut choisir l'appât en fonction de ce qu'il y a au fond pour que la carpe le mange. Enfin, il faut arriver au bon moment pour qu'elle morde. Tout ça, c'est un peu une tactique qu'on doit mettre au point. Dans le sport, c'est pareil. Il y a un entraînement sur une année et au bout, il y a une compétition. Si on s'est bien préparé, on réussit la compétition : on amorce bien, on prépare bien le poisson et, logiquement, on l'attrape ».

13 semaines de minerve, 24 heures sur 24

A ce détail près que la carpe ne peut pas attraper le pêcheur. « Si, l'échec existe ! rétorque le lutteur. Dans les deux cas, on peut se louper : un adversaire peut me battre, et la carpe peut me casser ou me décrocher. Si je réussis à la pêche, j'ai un poisson dans l'épuisette. En sport, je rapporte la médaille, le titre ». Bien sûr, c'est avant tout un moment de calme et de détente que recherche Yvon Riemer aux bords des étangs. « Quand je pêche, je me remémore mes compétitions. Mais la carpe, ça demande un long apprentissage, beaucoup de temps. Et en année olympique, du temps, je n'en ai pas ». Surtout, il y a une différence de taille entre les deux sports pratiqués par l'Alsacien : il remet toujours à l'eau le produit de sa pêche. Ne comptez pas sur lui, en revanche, pour laisser filer une médaille à sa portée à Sydney. Car un podium olympique est la seule distinction qui manque à son tableau de chasse impressionnant. Parmi ses plus beaux trophées, l'or des championnats du monde de Prague, en 1995, trône pour l'instant au-dessus du bronze des mondiaux de 1991 et 1993 et du titre européen de 1992. Le titre de vice-champion du monde de 1999 tient également une place à part : il récompense un retour au tout premier plan d'un lutteur poursuivi par les blessures depuis le début de sa carrière. « Des opérations, j'en ai connu un paquet. Une dizaine en tout. Et pas uniquement pour des raisons de sport. J'ai eu une fracture du fémur après un accident de voiture, à 21 ans. Ça m'a valu deux opérations. Et puis après, il y avait celles liées au sport : beaucoup de problèmes d'épaules, d'hernies, de genoux...» La blessure la plus délicate survient juste avant les Jeux d'Atlanta : « J'aborde ces Jeux de 1996 en tant que champion du monde en titre. Je pense que j'étais alors au sommet de ma forme, et que j'étais arrivé à maturité pour m'imposer. Mais il y a eu cette hernie cervicale, qui m'a contraint à déclarer forfait. C'était dur, mais je préfère oublier le mauvais côté des choses pour garder le positif : il y avait un risque réel de paralysie, avant, pendant et après l'opération. J'ai eu droit à 13 semaines de minerve, 24 heures sur 24. Je m'en suis bien sorti. J'ai pu reprendre l'entraînement relativement tôt. Et surtout, j'ai pu revenir à mon niveau. Je ne savais pas si j'y arriverais, mais je n'ai jamais perdu la volonté de m'entraîner ». Lutter contre un adversaire, lutter contre le sort qui s'acharne contre soi : pour Yvon Riemer, cela ne fait pas de différence. « A chaque opération, j'ai dû compter un an pour revenir, repartir du début jusqu'au sommet. Quand vous êtes sous anesthésie générale, on vous drogue, vous êtes immobilisé pendant deux, trois mois, et votre organisme s'endort. Il faut se réhabituer aux efforts, à l'entraînement, se remuscler, retrouver ses automatismes, faire travailler le coeur pour la condition physique. C'est vrai que quand on doit faire ce chemin plusieurs fois, ce n'est pas évident de remonter la pente, on se demande parfois si on ne va pas s'arrêter. Mais ça s'est toujours bien passé. J'ai eu la chance de tomber sur de grands chirurgiens».

Quand je reviens, mes adversaires ne savent pas ce qui les attend

Mieux encore, le Bas-Rhinois a appris à tirer profit de ses réapprentissages successifs pour enrichir sa technique.« A chaque fois, j'en ai profité pour faire évoluer ma lutte. Ce qui fait qu'aujourd'hui, mon style a beaucoup varié. Quand je reviens, mes adversaires se méfient énormément de moi à cause de ça : ils ne savent pas ce qui les attend. Un lutteur qui ne se blesse pas ne varie pas souvent sa lutte. Alors que si on regarde mes matches de 1991 et ceux de 1999, il y a un monde : en 1991, j'avais de mauvais placements, une mauvaise attitude, de mauvaises saisies. Ça fait beaucoup, c'est vrai ! En 1999, tout ça a bien changé... ». La technique s'est améliorée, et l'expérience a suivi : aujourd'hui, Yvon Riemer ne cherche pas à tout gagner tout le temps. Ce qui l'intéresse, c'est ce qui se passera à Sydney dans une quinzaine de jours. « Récemment, dans un tournoi, j'étais mené 1-0 au bout de trois minutes, mais je savais qu'au vu du placement de mon adversaire, je pouvais tenter une de mes prises favorites, et qu'elle avait de bonnes chances de réussir. A la pause, j'ai dit à mon entraîneur national : "Je peux faire une tirade de bras, mais jevais la garder pour les Jeux, même si je perds". Il m'a dit : "Fais comme tu veux". J'ai perdu le match 1-0, mais ça ne m'a pas bouleversé, d'autant que le Hongrois qui m'a battu sera un gros candidat pour moi aux Jeux.» Rusé comme une carpe, Yvon Riemer ? Sur un tapis, il est comme un poisson dans l'eau. La faute sans doute à son entourage familial : chez les Riemer, on vit, respire, pense et parle à 200 % lutte. « Quand j'étais tout petit, j'apportais à boire à mes grands frères pendant l'entraînement. A 14 ans, je m'entraînais déjà beaucoup, et à mes moments de repos, je partais à la pêche. Mais la lutte, j'avais ça dans le sang. La preuve : j'ai rapidement eu de bons résultats. Les premières médailles, les premiers titres, entendre la Marseillaise à 16 ans, ça donne des frissons. J'étais dans l'équipe avec mon frère Martial, et mon père a toujours été mon entraîneur. Ce n'est pas forcément évident : il a carte blanche, il peut me demander ce que je fais les week-ends et tout... Mais comme il sait que je suis sérieux, il n'y a pas de problème. Et puis, les centres INSEP ou CREPS, très peu pour moi ! Ici, mes partenaires sont mes amis. Et contrairement aux tournois à l'étranger, quand je suis à Schiltigheim, je peux travailler mes techniques et mes points forts à l'abri des regards de mes adversaires ».

J'arrêterai le jour où je n'arriverai plus à rivaliser avec les jeunes loups

Pour Sydney, les gros poissons sont repérés, les appâts sont prêts. Reste à ferrer les médailles. « Il n'y aura pas de combat facile. Sur 24 concurrents dans ma catégorie, on a déjà pratiquement tous eu une médaille dans une compétition. Sans compter les surprises, qui sont fréquentes aux Jeux. Pour gagner à Sydney, il faudra de la chance, aussi avec les arbitres, être en forme le jour J et évacuer le stress spécifique aux JO. Sportivement, les Jeux ressemblent à d'autres compétitions. Mais ils n'ont lieu que tous les quatre ans, on se dit que c'est peut-être nos derniers, il y a la pression médiatique... C'est la partie la plus délicate à gérer pour un athlète ». Mais quand on a été privé de compétitions comme l'a été Yvon Riemer, on n'a qu'une envie : se battre. Pour cette raison également, l'Alsacien ne veut pas parler de retraite :« J'arrêterai le jour où je n'arriverai plus à rivaliser avec les jeunes loups. Pour l'instant, ça va : j'ai été vice-champion du monde il y a quelques mois ». Les carpes de la baie de Sydney n'ont qu'à bien se tenir.

Yvon Riemer à la pêche à la carpe en famille : « Si on s'est bien préparé, on réussit la compétition : on amorce bien, on prépare bien le poisson et, logiquement, on l'attrape ».

Jean-Marc Loos

Jean Deutsch

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ET SI VOUS ÉTIEZ... Yvon Riemer

... un plat ? Je serais un plat alsacien. Un baekeofe cuisiné par ma mère. ... un pays ? Je serais la France. C'est un pays qui me convient. En ce moment, tout se passe très bien sportivement, le chômage ...



Son programme à Sydney

Samedi 23 septembre : pesée et éliminatoires -76 kg. Dimanche 24 septembre : éliminatoires -76 kg. Lundi 25 septembre : demi-finales et matches de classement -76 kg. Mardi 26 septembre : 3e place et finale ...





BIO Yvon RIEMER Né le 5 octobre 1970 à Strasbourg. 1 m73, 79 kg. Educateur sportif à Schiltigheim. Marié à Sophie Pluquet (championne du monde de lutte en 1995). Un fils, Léo (3 ans), et un heureux ...



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