Depuis deux ans, le 1500 m nage libre des championnats de France a des allures de course régionale : les Strasbourgeois Sylvain Cros et Guy-Noël Schmitt dominent la distance, avec, dans leur sillage, le Mulhousien Nicolas Rostoucher. Mais ce jour-là, à Rennes, le Haut-Rhinois réalise ce qui est, au jour d'aujourd'hui, la course de sa vie. Retour sur un exploit, vu de l'intérieur. « Comme d'habitude, Sylvain et Guy-Noël partent devant moi. Mais je ne m'affole pas : avant le départ, j'ai décidé, pour la première fois, de nager à mon rythme, parce que ça fait deux ans que je pars trop vite et que je me prends un bambou. En général, aux 400 m, alors que les autres accélèrent, moi j'explose. Mais là, j'arrive à rejoindre Guy-Noël. Je continue sur ma lancée, je le dépasse. Je suis assez surpris de l'avoir rattrapé sans mal, sans fatigue. Ça me motive. Devant, à 10, 15 mètres de moi, il n'y a plus que Sylvain. L'écart se stabilise, je me mets tout doucement à accélérer, sans le vouloir. Des 700 aux 1200 m, je reviens à la hauteur de Sylvain. Je suis survolté, je le double. A ce moment-là, je prends un gros coup d'adrénaline. Je suis sûrement fatigué, mais je ne le sens pas. Je suis complètement dans ma course. Je suis tellement étonné que je m'attends à ce que Sylvain réagisse. Je le surveille, je me prépare à relancer. Mais en fait non, c'est fini pour lui. Je réaccélère pour les 300 mètres restants. Après une telle accélération, après avoir doublé tout le monde, je me retrouve devant et je n'ai aucune envie de ralentir. Dans les derniers 100 mètres, je commence à entendre les cris dans les tribunes. Je vois des gens des autres équipes qui sont debout et qui m'encouragent. J'arrive en 15'20"75. Je ne comprends pas, je ne réalise pas tout de suite que j'ai fait les minimas pour Sydney. Avant la course, je n'y pensais absolument pas. Je ne savais même pas le temps qu'il fallait faire pour se qualifier. Mais ce qui est sûr, ce jour-là, c'est qu'au niveau plaisir, je viens de faire LA course ».











