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Edition du mardi 5 septembre 2000

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Rostoucher, né pour nager

Enfant prodige de la natation alsacienne, Nicolas Rostoucher a décroché sa sélection pour Sydney à 19 ans, et à la surprise générale. Itinéraire d'un garçon pressé, qui adore repousser les limites des temps : pour se qualifier sur 1500 m, il a battu son record personnel de 30 secondes.

C'EST L'HISTOIRE d'un « serial-bornes-nageur », un jeune Alsacien élevé aux records et aux kilomètres dans l'eau. Soir d'automne 1995 à la piscine de l'Illberg, à Mulhouse. Les derniers clients sont partis depuis une bonne demi-heure quand la lumière se rallume sur le bassin calme. Dans un coin, deux nageurs, Nicolas Rostoucher et Cédric Valentak s'échauffent tranquillement pendant qu'on installe des plaques chronométriques dans deux lignes d'eau. Dans quelques instants, les jeunes gens vont se lancer à la chasse aux records régionaux. Ils ont 14 ans, adorent « se tirer la bourre » et, si possible, exploser les meilleures performances dans leur catégorie d'âge, voire au niveau au-dessus.

Cinq ans plus tard, le nom de Nicolas Rostoucher apparaît encore dans une bonne demi-douzaine de cases des tables chronométriques alsaciennes. « C'était vraiment une ambiance bizarre, se souvient le nageur. On ouvrait la piscine exprès pour nous, parce que Stéphane Fontaine, notre entraîneur à Colmar, pensait qu'on avait le niveau pour battre les records d'Alsace jeunes. Pour nous, ces records, c'était un point de repère, sans plus. On faisait ça juste pour avoir notre nom sur les tablettes. Parfois, mon père me disait : si tu y arrives, tu auras un VTT. Il disait ça pour me motiver, mais c'était plus une excuse pour m'offrir quelque chose ». Parce que Nicolas Rostoucher n'a pas besoin de raison pour battre les records : il aime aller vite, il aime nager. Et c'est suffisant pour lui donner l'envie de foncer en dos, en quatre nages et, aujourd'hui, en crawl puisqu'il nagera le 400 et le 1500 mètres nage libre à Sydney. « Mais le 1500 m est la seule spécialité où je n'ai pas de record, précise le Mulhousien. Le record d'Alsace, c'est le record de France. Et c'est Sylvain Cros qui l'a ».

Je courais dans tous les sens

Le hasard veut en effet que les meilleurs spécialistes du 1500 m soient alsaciens : les Strasbourgeois Sylvain Cros et Guy-Noël Schmitt ont d'ailleurs longtemps laissé Nicolas Rostoucher dans l'ombre. Jusqu'à ce fameux dimanche de mai où Nicolas Rostoucher se révèle au niveau national (lire ci-contre), dans une course fantastique qui lui permet non seulement d'aller à Sydney, mais en plus de briguer une place en finale olympique. Issu d'une famille aisée, dont les parents « ne sont pas forcément sportifs, mais préfèrent marcher dans les Vosges plutôt que de regarder la télé le dimanche après-midi », Nicolas Rostoucher a découvert le goût de la compétition, à 11 ans, à son arrivée à Colmar. « Ma grande soeur est allée se renseigner pour s'inscrire aux SRC et je l'ai suivie. C'est à Colmar que j'ai commencé à nager sérieusement, à chronométrer mes séries, à noter mes temps. J'essayais à chaque fois de faire mieux. J'aimais ça ».

Ses coéquipiers de l'époque, ses « sparring-partners » plutôt, ont pour nom Régis Schnatz et surtout Cédric Valentak, avec lequel il nagera jusqu'à son départ pour Mulhouse, en 1997. « A Colmar, je n'avais plus vraiment les structures scolaires ou d'entraînement pour m'entraîner comme je le voulais. Je courais dans tous les sens et Stéphane Fontaine m'avait déjà dit qu'il faudrait peut-être que je change de club. Quand je suis arrivé à Mulhouse, c'était complètement différent. Ici, j'avais des horaires aménagés, il y avait aussi beaucoup plus de monde. Avec Nicolas Clementz, Yannick Rieg, on se tirait vraiment la bourre. A l'entraînement, c'était énorme !»

Le changement est radical : de huit kilomètres dans l'eau à Colmar, Nicolas Rostoucher passe à 16 kilomètres quotidiens, sans parler du travail à sec et de la salle de musculation. « A Mulhouse, on fait beaucoup de nage longue. Très, très longue. Cette année, pendant deux semaines en Sierra Nevada, j'ai nagé 30 kilomètres par jour. J'avais déjà essayé à la Martinique. Mais au bout de deux jours, j'ai explosé. Je n'étais pas encore prêt ».

Tant pis pour l'expérience

La réussite sur 1500 m est à ce prix : cette nage, qui demande une endurance à toute épreuve, est parfois décrite comme une école de la douleur. « Je ne sais pas si c'est plus dur qu'une autre nage. Mais ce qui est sûr, c'est que si tu as mal au début d'un 1500 m, tu auras mal plus longtemps... plaisante Nicolas Rostoucher.Mais ces quinze minutes de course passent vite. Tu n'as pas le temps de penser à autre chose. Parfois, évidemment, ça arrive : mais ça veut dire que tu es mort, que tu n'en peux plus ».

Plus peut-être que les autres nages, le 1500 m demande un mental d'acier : un à un, les « sparring-partners » de Nicolas Rostoucher ont lâché prise, et aujourd'hui, c'est souvent tout seul qu'il aligne les longueurs de bassin. « Quand tu es bien, les entraînements passent tout seuls. Mais quand tu es fatigué, c'est bien d'avoir quelqu'un à côté de toi. Ça évite de se laisser aller, même si ça n'arrive pas souvent. Maintenant, je m'y suis habitué, à être seul. La course que je fais à Rennes, ma qualification pour les JO, ont sans douté provoqué un déclic. Les années précédentes, j'alignais les bornes mais je n'arrivais pas à m'exprimer en compétition. Là, j'ai l'impression d'avoir gagné en mental ».

A 19 ans, le solide Mulhousien n'est qu'à l'orée de sa carrière internationale : pour réussir ses JO, il a en effet choisi de faire l'impasse sur toutes les autres compétitions internationales. « Il faut savoir ce qu'on veut. Faire des courses ou en réussir une ? Les Jeux, on n'est jamais sûr d'y retourner. C'est le plus grand événement possible et ce sera ma première grande course. Il faut que ça passe. Tant pis pour l'expérience ».

Sa première découverte des JO ? Le Mulhousien a ouvert des yeux grands comme ça quand il a réceptionné les équipements - impressionnants - de l'équipe de France olympique. « Et encore, Laetitia Choux, qui était déjà aux Jeux, m'a prévenu : "Quand tu verras l'équipement olympique, tu vas pleurer !" C'est de la folie : il y a le costard et tout!» Mais comme du temps de sa jeunesse et de ses records régionaux, Nicolas Rostoucher n'a pas besoin de tous ces cadeaux pour se motiver : nager vite, chasser les secondes, il est né pour ça.

Nicolas Rostoucher, construit pour durer : à 19 ans, le Mulhousien participe à ses premiers Jeux Olympiques, qui ne seront certainement pas les derniers. Ici, avec son chat, Minou : « Faut pas nous en vouloir : ma soeur et moi, on était petits quand on a choisi son nom ! »

Darek Szuster

Jean Deutsch

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Nicolas Rostoucher, construit pour durer : à 19 ans, le Mulhousien participe à ses premiers Jeux Olympiques, qui ne seront certainement pas les derniers. Ici, avec son chat, Minou : « Faut pas nous en vouloir : ma soeur et moi, on était petits quand on a choisi son nom ! »
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Son programme à Sydney

15 septembre : séries du 400 m nage libre. 16 septembre : finale du 400 m nage libre. 21 septembre : séries du 1500 m nage libre. 23 septembre : finale du 1500 m nage libre.





LES ALSACIENS EN JEUX Bâbak AMIR-TAHMASSEB Nadine AUZEIL Mehdi BAALA Laetitia CHOUX Roxana MARACINEANU Pierre NJANKA Julien PILLET Aziz RAGUIG Yvon RIEMER Nicolas ROSTOUCHER Marc WILTBERGER



La course de sa vie

Depuis deux ans, le 1500 m nage libre des championnats de France a des allures de course régionale : les Strasbourgeois Sylvain Cros et Guy-Noël Schmitt dominent la distance, avec, dans leur sillage, ...



ET SI VOUS ÉTIEZ... Nicolas Rostoucher

... un plat ? Ouah, j'adore manger ! Je serais un carri réunionnais, avec le rougail bien épicé, la viande... J'adore la cuisine de la Réunion. J'étais en stage deux fois là-bas : la première fois, je ...





BIO Nicolas ROSTOUCHER Né le 15 février 1981 à Colmar. 1 m88, 73 kg. Etudiant en chimie. Père : directeur des ressources humaines à Rouffach. Mère : formatrice à la CCI et à l'IUT de Mulhouse. ...



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