Après l'annonce du blocage des raffineries et des dépôts pétroliers par les transporteurs routiers, les automobilistes se sont précipités vers les stations-service. En moins de 24 heures, bon nombre de pompes ont été asséchées.
LES automobilistes font la queue depuis dimanche soir dans les stations-service en Alsace, dès l'annonce du mouvement de blocage des raffineries et des dépôts pétroliers par les transporteurs routiers, soutenus et rejoints par les ambulanciers et les artisans taxis. Et les files de voitures se sont succédé sans interruption ou presque durant toute la journée d'hier devant les pompes des grandes surfaces ou celles des stations-service.
Sept fois plus de clients qu'un lundi habituel
« Il y a bien sept fois plus de clients qu'un lundi habituel », estimait hier la caissière de la station d'essence du Leclerc de la rue Gay Lussac à Mulhouse. Son stock pourrait durer une journée encore. Chez Auchan Mulhouse,« les clients se précipitent » mais lundi après-midi, le responsable n'avait « encore aucuneidée des stocks disponibles». Chez Cora Dornach, à Mulhouse, dix voitures faisaient la queue en permanence hier : « On vend deux à trois fois plus d'essence qu'en temps normal. Deux pompes sont en panne. C'est de la folie, il n'y a plus que pour une journée de stock,» explique un employé. Comme à Wittenheim, Cora a habituellement des réserves pour quatre jours : « Si nous ne sommes pas livrés mardi, il n'y aura plus ni gasoil ni super sans plomb 98 », disait-on lundi soir à Wittenheim, où les lignes de la station service ne désemplissaient pas. A la station Total de Mulhouse-Dornach, il n'y avait déjà plus de gasoil lundi : « Ça fait vingt ans que je tiens cette station, je n'ai jamais vu cela, c'est affolant. Je devais être livré hier. Si mardi je ne suis pas livré, mes cuves de sans plomb seront vides aussi à ce rythme », explique le pompiste. A la station Esso de l'avenue de Colmar à Mulhouse, « on n'est pas encore à sec, loin de là, on devrait tenir un ou deux jours encore». Mêmes files de voitures à Colmar avec pour conséquence prévisible la ruture des stocks. A Cora-Houssen, les stocks de sans plomb ont été épuisés hier. Chez Elf, route de Bâle, il n' y a plus de SP 98 depuis hier midi. Quant à ceux qui ont été épargnés par la pénurie, ils n'espéraient pas tenir très longtemps en cas de poursuite du blocus. Bon nombre d'automobilistes avaient de fait anticipé leur prochain plein.« On ne sait jamais, ça peut durer longtemps cette histoire. Alors je préfère remplir le réservoir, même s'il me restait au moins la moitié », expliquait une conductrice à Colmar.
Nous tiendrons encore mardi
C'est le gasoil qui a fait le plus rapidement défaut, hier à Sélestat, que ce soit dans les quatre supermarchés ou bien les trois stations-service. Pour les automobilistes roulant au 95 et 98, un peu plus d'espoir, certaines stations ayant encore quelques stocks à écouler. Pas de problème en revanche pour les utilisateurs de super et de GPL qui pourront se réapprovisionner quasiment partout. Ce matin la plupart des stations resteront ouvertes, du moins jusqu'à l'épuisement de leur réserves. Ruée des automobilistes vers les pompes à Strasbourg encore. « Dès 9 h, ce matin, nous manquions de sans plomb 95 », précise le responsable de la station-service d'Auchan-Hautepierre. Son collègue d'Auchan-Illkirch connaissait la même rupture de stock sur le super sans plomb 95 une demi-heure plus tard, suivie, vers 10 h 30, de l'arrêt des pompes de 98. Chez Coop-Alsace, le responsable des carburants recevait des appels téléphoniques des responsables des différentes stations-service du groupe signalant que le gasoil et le sans plomb 95 manquaient. « Nous tiendrons encore mardi, mais nous n'aurons plus de carburant mercredi », affirme-t-il précisant que « quelques pompes, surtout celles qui ne sont pas ouvertes 24 heures sur 24, disposent encore de réserves, les autres vont être rapidement à sec». La pénurie risque de s'accentuer et de s'installer, le blocus se durcissant. Mais les automobilistes alsaciens gardent toujours la possibilité de se ravitailler de l'autre côté de la frontière.
Scène habituelle hier à Mulhouse, comme dans toute l'Alsace. Un automobiliste fait le plein alors qu'une autre pompe est déjà à sec...
Darek Szuster











