Il valait mieux s'armer de patience, hier, dans les stations-service du Territoire. Présageant le pire pour les jours à venir, les automobilistes ont été nombreux à aller faire le plein. Et les files d'attentes risquent de ne pas diminuer aujourd'hui.
COMME au temps des années les plus noires, l'heure est à nouveau au stockage. Pas de farine ni de sucre, mais d'une denrée, sinon vitale, tout au moins essentielle à la vie moderne : l'essence, qui mérite plus que jamais actuellement son surnom d'or noir. Hier, alors qu'agriculteurs, ambulanciers et routiers bloquaient les dépôts de carburants (lire nos pages région), les automobilistes ont pris les devants, craignant une pénurie, en convergeant en masse vers les stations service du département.
Garder le sourire
Dès l'heure d'ouverture des commerces, les pompes ont été prises d'assaut. Avec une affluence record dans les stations service de supermarchés. Pour parer à cette « invasion », certains ont d'ailleurs usé d'ingéniosité : pour éviter les embouteillages, un vigile a ainsi pris poste auprès des pompes du magasin Leclerc, afin d'orienter au mieux les véhicules. Et dans tous les cas, la patience était de rigueur. « D'accord, il faut attendre. mais autant garder le sourire, note Christophe, philosophe. Ce n'est pas en s'énervant, comme le font certains, qui la file avancera plus vite.» Une ruée vers l'or noir qui se veut, pour la plupart des automobilistes de passage dans les stations service hier, une mesure de précaution.« Je suis agricultrice, alors l'essence est nécessaire au fonctionnement de mon exploitation », explique Françoise, de Rougemont-le-Château, en remplissant un jerrican. « Si je ne devais pas conduire chaque jour mon fils à l'école, je ne serais pas là », ajoute Patricia, de Belfort. Si la psychose n'est pas encore là, chacun reste sur ses gardes. Le mouvement pourrait durer plusieurs jours si routiers et artisans en décidaient ainsi. Malgré la gène occasionnée, personne ne songe à critiquer ces méthodes. « Les prix actuels des carburants : c'est du jamais vu, et ce mouvement est tout à fait justifié, affirme Joël. Si je n'avais pas besoin de ma voiture pour aller travailler, je roulerais à vélo pour soutenir ces actions.» Une opinion largement partagée. « Ils font ça pour nous, alors il est évident qu'on les soutient », renchérit Cédric, militaire dans la cité du Lion. Les heures passant, les files de voitures se sont allongées, et des affichettes pessimistes, annonçant des ruptures de stock. La situation pourrait ne pas aller en s'améliorant si un geste n'est pas fait en faveur des manifestants. En attendant des jours meilleurs, il ne reste qu'à prendre son mal en patience... Et à ressortir les vélos des garages.
Hier, les heures passant, les files d'attente aux pompes se sont allongées.
Photos Séverine Depond
Prévoyant, certains comme Françoise, agricultrice à Rougemont-le-Château, ont rempli des jerricans.
Des affichettes annonçant des ruptures de stocks ont fleuri dans la plupart des stations.











