Faute d'aides publiques suffisantes, 150 petits Alsaciens souffrant d'un léger handicap risquent de ne pas pouvoir effectuer leur rentrée scolaire. A Chavannes-sur-l'Etang, où Mélanie devait entrer à l'école lundi, les parents manifestent leur colère.
« Maman, tu vois, ils ne veulent vraiment pas que j'apprenne à lire » : la phrase lâchée par la petite Mélanie Helbling, sept ans, qui s'apprêtait à rentrer en cours préparatoire à l'école de Chavannes-sur-l'Etang, en dit long sur une certaine détresse partagée par tout le village. Comme dans 150 autres familles alsaciennes (130 dans le Bas-Rhin et 20 dans le Haut-Rhin), l'heure est à l'inquiétude. Depuis un an, Mélanie profitait d'un dispositif exemplaire mis en place par une association régionale sous convention académique, le Chaînon manquant. Souffrant d'une dysplégie spastique, la petite Mélanie avait pu intégrer en septembre 1999 la grande section de maternelle de l'école de Chavannes-sur-l'Etang.
Apte au cours préparatoire
Elle a connu une scolarité normale grâce à la présence à ses côtés d'une auxiliaire d'intégration scolaire employée par l'association : elle assiste l'enfant dans les tâches de la vie quotidienne scolaire. Sans cette présence, Mélanie n'aurait pas été autorisée à rejoindre l'école de son village. La commission d'évaluation a constaté ses progrès et estimé que Mélanie était apte à rentrer au cours préparatoire à la rentrée 2000. Elle et toute sa famille se réjouissaient de cet événement lorsque, trois jours avant la rentrée qui se déroule lundi à Chavannes, une lettre-circulaire tombe comme un couperet : le Chaînon manquant explique qu'en raison de problèmes de financement, il « diffère la mise en place des auxiliaires d'intégration pour cette nouvelle année scolaire », dans l'attente d'une solution éventuelle lors d'une réunion avec les services de l'Etat, le 13 septembre prochain. Concrètement : Mélanie ne pourra pas faire sa rentrée. Le problème ne concerne pas les auxiliaires, qui sont des emplois-jeunes payés à 80 % par l'Etat et à 20 % par les communes d'accueil, mais le personnel d'encadrement : le Chaînon manquant doit financer ses locaux à Sélestat, deux postes administratifs et cinq postes de « chargés de projet d'intégration », qui assurent le suivi et la formation des emplois-jeunes. Depuis trois ans, ce coût était pris en compte par le Fonds social européen (FSE) qui arrive à terme en septembre. « Depuis six mois, nous tirons la sonnette d'alarme auprès de tout le monde mais personne ne semble s'être rendu compte de la réalité des choses. Sur notre budget de 19 millions de francs, il nous manque deux millions, alors que nous avons démontré le sérieux de notre prestation et prouvé l'intérêt de ces emplois-jeunes comme vrais métiers », explique Pierre Olivier, président du Chaînon manquant.
Il manque deux millions de francs
En attendant, chez les quelques enfants qui bénéficent d'une rentrée anticipée, comme à Chavannes-sur-l'Etang, la colère gronde. « Le plus de mal, c'est à Mélanie qu'il est fait. C'est une punition pour elle lorsque nous lui disons qu'elle ne va pas à l'école lundi », expliquent en coeur Francis et Régine Helbling. Hier après-midi, d'autres parents sont venus leur apporter spontanément un soutien, de même que les enseignantes et la municipalité de Chavannes. S'opposant à ce retour à une logique d'exclusion, après une intégration scolaire et sociale réussie, les parents de Mélanie veulent se faire entendre lundi matin, à l'heure de la rentrée. La situation a cependant peut-être une chance de se décanter : la table ronde prévue le 13 septembre vient d'être avancée au 31 août à l'initiative du préfet du Bas-Rhin.
Un mouvement spontané de soutien s'est déclenché à Chavannes autour de la petite Mélanie, en jupe bleue au premier plan, tenant ses parents par la main.
Christophe Grudler











