Une escale technique, car le site, situé sur la "Costa plastica", nest
pas franchement le meilleur endroit pour passer ses vacances. Dimmenses serres
sétalent à perte de vue sur les collines qui bordent la côte, où lon fait
pousser les fameuses "tomates dEspagne", "fraises
dEspagne" et tous les fruits et agrumes imaginables. Un port de plaisance de
1000 places a pourtant été créé à lentrée de la baie dAlméria, qui
connaît un franc succès en particulier auprès des "Yachties", ceux qui
naviguent à longueur dannée, depuis
des années.
Ses prix dhivernage sont particulièrement abordables, y compris l'été (moitié
prix par rapport à lensemble des ports rencontrés sur la route). Un argument
appréciable, dautant que les infrastructures daccueil sont modernes, la
marina agréable et son personnel compétent (ce n'est pas le cas partout). En revanche,
cest une oasis entièrement artificielle, créée sur les contreforts de la Sierra
Nevada au climat désertique. En hiver, il y fait particulièrement sec et chaud, autre
argument de poids pour tous ceux qui recherchent la douceur de vivre.
UNE COMMUNAUTÉ HÉTÉROCLITE
Ici aussi, on trouve de tout pour réparer ou se procurer nimporte quelle pièce
nécessaire au bateau. Une Anglaise installée sur son chalutier fabrique ou répare vos
voiles ou toute pièce de tissu et un russe propose les mêmes services. Un grand gaillard
hollandais et sa petite bonne femme vendent leurs panneaux solaires fabriqués maison, un
autre regonfle vos bouteilles de gaz également à bord de son bateau, tandis quun
polonais (dont le bateau baptisé Gdansk est apparemment la réplique dune caravelle)
lave le linge des plaisanciers de passage. En cherchant bien, on peut aussi trouver un
mécano, un spécialiste du polyester ou un excellent bricoleur qui sait fabriquer des
emménagements intérieurs.
Cette petite communauté hétéroclite de gens de mer vit ici depuis des mois, parfois
des années. Elle a trouvé à Almérimar un coin pour se poser, lambiance qui lui
convient. Mais le lieu mythique du port dAlmérimar, cest le
"Varadéro", son chantier qui peut accueillir jusquà 200 bateaux de
toutes tailles, des plus beaux jusquaux demi-épaves
PEINTURE ET BARBECUE AU PROGRAMME
Dès notre arrivée, rendez-vous est pris pour le lendemain matin, afin de sortir le
bateau de leau et le poser sur des bers, pour lui refaire une beauté carénage et
peinture des uvres vives. A lheure dite, les six tonnes de
" Maldoror " se balancent sous deux sangles : moment
démotion car cest, en quelque sorte, tout notre patrimoine qui se balance à
quelques mètres au dessus de la terre.
Rapidement à pied duvre, nous travaillerons darrache-pied six jours
durant pour décaper et poncer la coque, puis poser un antifouling, une peinture qui
empêche les algues et les crustacées de coloniser la partie immergée du voilier. Enfin
réaliser quelques menues réparations.
Toute la petite famille sy met et le travail progresse bien, entrecoupé de
conversations impromptues ou dun barbecue sur la plage avec les
"Yachties".
Il y a ce couple de bretons, 70 ans chacun, qui grattent et poncent la coque de leur ketch
de
20 mètres, magnifique voilier rescapé dun échouage violent sur les
côtes bretonnes deux ans auparavant. A deux pas, un parisien, Roger, profite de sa
retraite de musicien classique et prend son temps: il a mis sept ans (dont plusieurs mois
dhôpital suite à une chute) pour construire son voilier, le rêve de sa vie.
Plusieurs mois déjà quil est à Almérimar, avec une petite communauté de
français qui se donnent des coups de main et boivent le verre de lamitié ensemble.
Il y a cette famille dAnglais, un couple et deux adolescents, qui vit depuis deux
ans au " Varadero ", leur motor-boat immense échoué là au sec, et
ne rêve que de retourner en Asie. Eux, cela fait onze ans quils sont sur les mers.
Un autre Anglais, tout au bout du chantier avec vue sur la mer, vit sur
ce qui reste
de son bateau. La rouille et le délabrement général de son voilier nentament pas
sa bonne humeur, surtout après un verre de vin. Et ils sont ainsi très nombreux,
solitaires ou en couple (les familles sont beaucoup plus rares), en rupture ou en
retraite, fauchés ou pleins aux as, à occuper leur place au
" Varadero ". Le seul chantier à ma connaissance qui dispose
dun club de Yachties, lesquels organisent chaque fin de semaine un grand barbecue.
Le principe est simple : chacun apporte tartes, salades et desserts et tout le monde
partage. Quant aux boissons, elles sont à prix " club ". Et à ce
jour, personne nest parti avec la caisse, ce qui témoigne aussi de lesprit de
ces Yachties.