La principale activité de la société de Martine Kempf demeure la commande vocale de microscopes motorisés. Mais elle conçoit aussi des circuits électroniques pour la firme bas-rhinoise de son père.
L' affaire Kempf, comme on l'avait appelée à l'époque, avait fait couler beaucoup d'encre au milieu dans les années 1985, débouchant même, en 1987, sur l'inauguration de la rue Martine Kempf à Dossenheim-Kochersberg. Ayant mis au point un appareil à commandes vocales, baptisé Katalavox, la jeune femme était, à l'époque à la recherche d'un financement. Un prêt d'un million de francs lui était promis pour le lancement de la production de son Katalavox. Les commandes commençaient à affluer, émanant notamment du secteur de la microchirurgie, afin d'équiper des microscopes motorisés. Les chirurgiens pouvaient, ainsi, commander leurs microscopes de leur voix, sans avoir à lâcher leurs instruments d'intervention.
J'étais partie avec beaucoup d'amertume mais, à présent, j'estime que la page est tournée
« La goutte d'eau qui fit déborder le vase fut l'affirmation d'Edith Cresson, alors ministre du Redéploiement industriel et du Commerce extérieur. Lors de la séance des questions à l'Assemblée nationale, elle répondit à Adrien Zeller, le député de Saverne, qui l'interrogeait sur ce prêt en ma faveur. Elle répondit qu'un million de francs m'attendait à ma banque. Cet argent n'est jamais arrivé : j'ai donc décidé d'aller m'installer en Californie et je ne regrette pas ma démarche. J'étais partie avec beaucoup d'amertume mais, à présent, j'estime que la page est tournée », confie-t-elle à l'occasion d'un passage en Alsace. Elle avait choisi de s'installer au coeur de la Silicon Valley, à Sunnnyvale, car son Katalavox avait intéressé beaucoup de chirurgiens lors d'une rencontre médicale auquel elle avait participé pour présenter les performances de son Katalavox, en septembre 1985. Un mois plus tard, elle créait son entreprise au sud de San Francisco « en cinq minutes et avec cinq dollars », souligne-t-elle encore. Aujourd'hui, cette activité originelle représente encore 60 % du chiffre d'affaires de sa société. Elle refuse de dévoiler les résultats financiers ou le chiffre d'affaires de sa firme « pour ne pas donner d'indications sur la taille du marché à d'éventuels concurrents ; pour l'instant je demeure seule sur ce créneau car mes principaux concurrents ont rapidement disparu. Je ne prétends pas faire de l'alchimie et fabriquer de l'or avec mon Katalavox, mais les marges sont superbes». Elle précise cependant qu'elle tire 60 % de son activité de ce segment, le reste provenant d'activités comme la conception de circuits électroniques (commandes pour fauteuil roulant, pour mettre en marche ou arrêter des équipements domestiques...) mis en place, ensuite, par l'entreprise de son père. Sur l'environnement économique, Martine Kempf jette un regard admiratif sur la nouvelle économie : « La net économie, surtout les ''dotcom'' (*), connaissent un développement fantastique, mais je préfère conserver les rênes de mon entreprise et grandir à mon rythme plutôt que d'en perdre le contrôle par une croissance trop rapide. Même si j'admire ce secteur d'activité, je préfère continuer à faire ce qui m'intéresse, comme développer la nouvelle génération de Katalavox, parce que la vie est trop courte », souligne-t-elle. Martine Kempf, qui demeure l'unique employée de son entreprise, dessine les circuits électroniques duKatalavox - ou des organes de contrôle pour la firme de son père - et réalise le logiciel qui pilotera cette commande vocale. Elle laisse ensuite le soin à des entreprises californiennes, très nombreuses dans cette sous-traitance, de produire, d'assembler et de câbler les Katalavox qu'elle teste ensuite avant l'installation chez le client final. La version actuelle accepte seize utilisateurs différents, chacun pouvant programmer les différentes commandes avec le vocabulaire de son choix. « La plupart des chirurgiens veulent des mots très brefs du style up, down, in, out... pour pouvoir actionner très vite leur microscope. La prochaine génération du Katalavox réagira encore plus rapidement en s'arrêtant, par exemple, dès que l'utilisateur a commencé à prononcer le début du mot stop », explique-t-elle. Pour avoir une telle rapidité de réponse, elle n'utilise plus des microprocesseurs mais des DSP, des circuits ultra rapides d'analyse des signaux. Depuis le mois de février, elle effectue de fréquents séjours en Alsace, à Dossenheim-Kochersberg, où elle est venue, entre autres, superviser l'informatisation de la société paternelle et l'installation d'un tour à commandes numériques dans la maison familiale qui sert de siège à la société Kempf.
(*) « Dotcom » ou « Pointcom » fait référence à l'internet dont les noms de domaines se terminent la plupart du temps, pour les activités commerciales, par.com)
Martine Kempf, avec son père, dans leur maison qui sert également de siège à l'entreprise familiale située, d'ailleurs, rue Martine Kempf à Dossenheim- Kochersberg. Elle procède à l'installation d'un tour à commandes numériques.
Thierry Gachon











