Champion olympique américain du 4x400, Anthuan Maybank, alias « Monsieur Pérec », a couru les séries du 200 m du championnat de France sous licence alsacienne, hier à Nice. Son objectif : Sydney, s'il obtient la nationalité française.
DEPUIS le début de la semaine, l'Alsace compte un champion olympique dans ses rangs : Anthuan Maybank, champion olympique en 1996 du relais 4x400 américain, et qui a couru hier les séries du 200 m sous licence alsacienne. Et ce n'est pas une blague !
Comment ce champion d'outre-Atlantique a-t-il atterri sous la bannière régionale ? C'est une longue histoire. Il y a quelques mois, Anthuan manque sa qualification aux Jeux lors des sélections américaines. Mais tout n'est pas perdu pour l'athlète, qui a entamé dès septembre 1999 les démarches administratives pour obtenir la nationalité française. Car il se trouve que M. Maybank est « pacsé » avec Mary-José Pérec, la championne olympique française qui s'entraînait aux Etats-Unis avant de rejoindre l'ancien entraîneur de Marita Koch à Rostock, en ex-Allemagne de l'Est... Trop juste pour les Etats-Unis, le coureur américain s'est évidemment dit qu'il pouvait réaliser les minimas qualificatifs français lors des championnats de Nice. Seulement voilà : pour avoir le droit de participer à cette épreuve, il faut obligatoirement détenir une licence dans une ligue française. Ce qui n'est pas chose aisée, en plein milieu des congés scolaires : la plupart des ligues ont mis la clé sous la porte et font bronzette sous les palmiers. Toutes sauf une : celle d'Alsace, dont le président Gérard Hertrich est également trésorier de la Fédération. « J'étais de passage la semaine dernière à la Fédération quand le directeur administratif m'a demandé si je ne voulais pas faire une licence à Maybank, pour qu'il puisse participer au championnat, explique le président régional. C'était simplement pour rendre service. Mais ça ne veut pas du tout dire qu'il évoluera en Alsace à l'avenir !».
A 7 centièmes du record d'Alsace
En tant qu'« Individuel Alsace », Anthuan Maybank n'a connu aucune difficulté pour se qualifier pour les demi-finales du 200 m, en 21"20, à 7 centièmes du record d'Alsace de Jean-Marie Losson (21"13, le 20 mai 1984 à Epinal) qu'il peut battre à loisir mais pas effacer des tablettes, puisqu'il ne possède pas encore la nationalité française. De même, s'il réalise les minimas du 200 m (A : 20"30 ; B : 20"40), le dernier licencié alsacien en date n'est pas pour autant certain de décrocher son billet olympique : il devrait pour cela obtenir sa naturalisation avant... demain lundi, jour de l'officialisation de la liste des athlètes français qui iront à Sydney. Et on voit mal la Direction technique nationale faire un quelconque cadeau à la « diva » Pérec, dont les manières et sautes d'humeur agacent de plus en plus les instances fédérales... « J'espère que les choses se débloqueront d'ici lundi, souhaite quand même le plus Américain des Alsaciens. En ce moment, j'apprends le français. Mais je ne sais pas si on s'installera en France à l'avenir. En tout cas, pas de manière permanente. Si je connais Strasbourg ? J'ai failli aller au meeting là-bas, mais au dernier moment, ça ne s'est pas fait. Ça doit être pas mal... et puis c'est tout à côté de Rostock. Si je compte y aller un de ces jours ? Euh, non, je n'irai pas si je n'y suis pas obligé ». Ah ça, Anthuan (Antoine pour les Français, « Tony » en alsacien) ne se sent vraiment pas redevable envers la région dont il défend les couleurs à Nice !
Pour pouvoir disputer les championnats de France d'athlétisme à Nice, Anthuan Maybank, ici aux côtés de son amie Mary-José Pérec, a souscrit une licence en Alsace.
AFP











