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L'Eldorado des chercheurs d'or

Kembs est le site rêvé pour les orpailleurs. Pierre est un de ceux qui viennent régulièrement à la recherche de l'or du Rhin.

CE JOUR-LÀ, à Kembs, Pierre Isaija initie pour la première fois à l'orpaillage le président du Club Régio Minéraux, le fils et les petits-fils de ce dernier, son beau-frère et un ami. Ambulancier de son état, Pierre a découvert la ruée vers l'or dans les romans de Jack London. A partir de vieux plans datant de la fin du siècle dernier, il a reconstitué un «berceau californien», utilisé en Alaska par les Américains, mais surtout par ses inventeurs, les Chinois, sur le territoire d'Amérique. Il est composé d'un bac de tamisage sur lequel on répand le fond de sable et de galets drenné dans l'eau. On agite le berceau (d'où son nom) pour accélérer le tamisage, puis le sable tamisé descend un étage plus bas sur un tapis. C'est sur ce tapis que s'accrochent les paillettes. L'orpailleur arrose régulièrement le sable déposé pour ne garder que ce qui l'intéresse : les paillettes d'or. «Le sable du Rhin est aurifère, mais pas seulement. Il brasse nombre de minéraux, et parfois, je m'amuse à les trier pour les conserver dans de petites éprouvettes. C'est le sable noir du Rhin,» souligne Pierre.

Je suis un vrai mordu

Voilà déjà dix ans qu'il se passionne pour l'orpaillage, sport national aux Etats-Unis. «J'ai lu un tas de livres sur le sujet et vu une kyrielle de films, comme «L'or de la Sierra Madre». Je collectionne les timbres américains qui retracent l'historique de ceux qui ont trouvé les premières pépites. J'ai même construit une maquette qui retrace le site des premiers chercheurs d'or en Alaska, avec des chariots, des concasseurs en miniature. Je suis un vrai mordu. Si demain je voyais un stylo Bic «Gold», je l'achèterais de suite !» Outre le gros matériel comme le «berceau californien», ces orpailleurs cherchent les paillettes à l'aide de battées. «Elles peuvent avoir plusieurs formes : assiette plate ou creuse, chapeau chinois… C'est comme on le sent! Personnellement, je préfère le chapeau chinois : on repère plus vite les paillettes et on risque moins d'en perdre.» Chacun a sa façon d'orpailler. «Les Aztèques cherchaient les paillettes à la plume. D'autres injectent du mercure dans le mélange sable-eau : l'or se dissout et les paillettes se transforment en pépite amalgamée. On gagne peut-être du temps, mais en attendant, le mercure part en vapeur et s'évacue dans l'eau. D'où pollution.» L'orpaillage demande un bon coup d'oeil et surtout de la patience : «C'est un jeu de densité. Il faut tamiser et tamiser encore, en agitant la battée jusqu'à ce que des paillettes se détachent. On les repère assez facilement : elles sont forcément plus lourdes que les grains de sable ou les autres minéraux.»

Les Allemands draguaient régulièrement le Rhin

Il faut se méfier des paillettes d'or qui n'en sont pas. «A Goldbach près de Thann, par exemple, on a longtemps cru que la rivière regorgeait d'or. D'où son nom. Mais il s'est avéré que c'était du mica, aussi brillant que l'or, mais beaucoup plus léger. On l'a appelé «l'or des fous» aux Etas-Unis, parce que certains avaient passé de longues années à chercher des pépites, jusqu'au jour où ils apprirent que leur petite richesse ne valait rien. La plupart sombraient dans la folie.» Certains ont pu vivre de l'orpaillage à une époque : «En France,il y avait Le Faucheux dans les années 70. Il avait racheté une gravière. D'autres aussi ont pu faire pas mal de troc avec leur or.» Pendant la guerre, Hitler s'y est même frotté. «Les Allemands draguaient régulièrement le Rhin et, à l'aide d'une barge, ils en profitaient pour récupérer l'or.» En remontant l'histoire, on sait que les paysans enterraient des peaux de chèvres au bord du Rhin. «Ils intallaient des repères et, après chaque crue, ils recueillaient les paillettes accrochées dans les peaux. Ils fondaient des pièces de monnaie avec l'or du Rhin, des ducats.» De nos jours, un club d'orpailleurs allemands reprend ce principe : avec les paillettes, ils rééditent une pièce de monnaie. «Chose impossible en France, la réglementation l'interdit!» Colbert, heureusement, a autorisé l'orpaillage sur le territoire français au XVIIe siècle : «Grâce à lui, on n'est pas taxé!» Aux yeux de Pierre, Kembs est l'endroit idéal pour chercher de l'or. Le sable du Rhin est très riche, c'est vraiment «le lieu-dit de l'orpaillage. Mais il faut reconnaître que, dans le Gard, on trouve plus facilement 18 grammes d'or en deux jours. Sinon, il faut partir en Guyane: là-bas c'est vraiment l'Eldorado!» Il initie pour la première fois ses amis à la recherche de paillettes. «L'année prochaine, en avril 2001, on organise à Rosenau une journée d'initiation pour les grands et les petits. On installera une grande piscine remplie de quelques paillettes, qu'il faudra toutes retrouver!» Très affairés, au milieu des pelles et des seaux, Cédric et Nicolas, les enfants de Xavier, ont l'air ravis de passer la journée au bord de l'eau. Mais pour ce qui est de l'orpaillage, sans doute faudra-t-il encore patienter quelques années…Cédric porte à bout de bras un seau rempli d'eau. «Regardez, j'ai péché des petits poissons!» Plus loin Nicolas précise bien qu'il ne restera certainement pas là jusqu'au soir: «Je dois être chez moi à 19 h, y a «Pokémon» à la télé!»

Pierre (avec le chapeau) montre son « berceau californien ». Il fait découvrir l'orpaillage à ses amis et à Nicolas.

Anne Ducellier

Anne Ducellier

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Pierre (avec le chapeau) montre son « berceau californien ». Il fait découvrir l'orpaillage à ses amis et à Nicolas.
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