En organisant une réunion publique sur les moustiques, la Ville n'a pas fait recette. Pour régler la nuisance, la solution est de remettre en état le réseau hydrographique du secteur.
LES MOUSTIQUES sont un des sujets de conversation préférés des Sélestadiens. Pourtant, ils étaient peu nombreux à s'être déplacés mardi soir pour la réunion publique organisée par la mairie sur le sujet. « Cela veut-il dire que les gens ne sont finalement pas si gênés que cela?» s'est amusé le maire Pierre Giersch. Les vacances et le mauvais temps ennemi des moustiques (à quelque chose malheur est bon) étaient passés par là et avaient semble-t-il calmé les ardeurs des 700 signataires de la pétition pour trouver des moyens radicaux de destruction des insectes piqueurs.
Devant moins de vingt personnes, Pierre Giersch, Bernard Libis, adjoint chargé de l'environnement, Philippe Moog, du service environnement, ont présenté le problème en compagnie de Françoise Pfirsch, la « madame moustiques » du Bas-Rhin. Depuis quinze ans, celle-ci travaille pour le Sivom de Lauterbourg sur la lutte anti-moustiques, et la ville de Sélestat a demandé son concours en 1997. Selon Pierre Giersch, la prolifération des moustiques dans notre secteur est due à la mise en place d'un système d'irrigation dans le champ d'inondation de l'Ill en 1895. « Les agriculteurs entretenaient alors ces canaux. Depuis l'évolution de l'agriculture, ils sont laissés à l'abandon. Ils ne s'écoulent plus et sont devenus des nids à moustiques.» Le problème est que plus personne ne connaît exactement ce réseau. « La première chose à faire avant toute action est donc d'en dresser une cartographie exacte, afin de savoir où et comment il faut agir.» Deuxième raison donnée par le maire : « Le Haut-Rhin a aménagé l'Ill pour lui donner un débit plus important que ce qu'elle ne peut supporter à Sélestat.» Résultat : Sélestat fait bouchon, et l'eau stagne. La ville a donc signé une convention de trois ans avec le Sivom de Lauterbourg pour lutter contre les moustique. La méthode choisie a été celle de la lutte par biopesticide avec une bactérie, le BTI (bacillus thurengis israelensis) qui s'attaque aux larves. Précision de Françoise Pfirsch : « Son avantage : elle n'attaque que celles-ci et est inoffensive pour tous les autres animaux. Son inconvénient : elle ne vit que 24 h, il faut donc traiter à chaque inondation d'été, et agir très rapidement.»
Depuis 99, la garde rurale surveille donc les sites potentiels de ponte, puis le traitement par pulvérisation est fait soit à pied par le service des parcs et jardins, soit par hélicoptère par le Sivom de Lauterbourg s'il faut agir sur des grandes surfaces. Le coût a été de 170 000 F chaque année. « Nous avons entamé la démarche pour être reconnus comme zone de lutte contre le moustique, ce qui permettrait de financer l'opération à 50 % par le Département », a ajouté Bernard Libis. Le plan des sites d'éclosion qu'il a présenté a permis de constater que la principale zone à incriminer n'est pas l'Illwald, comme on pourrait le croire, mais le canal du moulin de Saint-Hippolyte et ses dérivés, du fait de leur non entretien. Un constat confirmé par deux habitants du Haut-Rhin, riverains d'un des canaux : « Depuis sa canalisation lors du remembrement du Haut-Rhin en 67, il n'a pas été entretenu et est complètement obstrué.» Pour eux, la première chose à faire est de travailler avec les communes haut-rhinoises proches pour traiter le problème en amont et en aval de concert. Une dame a rapporté que des agriculteurs lui avaient avoué que les traitements chimiques sur le maïs chassaient les moustiques vers la ville. Personne n'a pu infirmer ou confirmer cela. Selon un pêcheur, « la construction du contournement sud de la ville a cassé tout le réseau hydrographique du secteur.» Une opinion corroborée par Pierre Giersch : « J'avais décelé seize énormités dans sa conception à l'époque. Dont cette dérivation de l'Ill qui longe la contournante. Depuis 17 ans on ne sait toujours pas qui a en charge son entretien.» La ville a d'ailleurs rendez-vous en fin de semaine avec la DDE pour mettre cela au clair. Pierre Giersch a également sollicité un rendez-vous avec le préfet de Région pour mettre en place une action concertée entre les Départements, la Région, l'Etat pour remettre en état le réseau hydrographique de l'Ill. Satisfaction du conseiller municipal Roger Schreiber : « Finalement, on devrait nommer le moustique citoyen d'honneur de Sélestat. C'est grâce à lui qu'on comprend enfin que la gestion de l'Illwald et du ried est un problème global, à prendre ensemble par tous les bouts en même temps.» Certes, vu sous cet angle...
D'ennemi numéro un, le moustique deviendra-t-il citoyen d'honneur de Sélestat ?
JEAN-MARC LOOS











