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Et si on partait ?

Un soir, fin d’hiver 99, la question fuse dans le salon. Un bon feu de bois crépite dans la cheminée, le chat vient se frotter contre nos jambes, les enfants dorment et tout est bien.

Chiche, répond l’autre…

L’envie de multiplier les horizons, de changer de routine, l’envie de se lancer un défi, une envie folle, un vieux rêve qui me trottait derrière la tête et voilà comment a germé l’idée d’un congé sabbatique dans notre esprit. Mais pas n’importe lequel puisque nous avons décidé de naviguer en bateau durant un an.


"Disposer du temps"

Notre projet, au fond, est très simple: sillonner la Méditerranée, berceau de notre civilisation et de notre culture durant quelques mois, sans autre contrainte que celle du vent, de la houle et de nos envies: c’est déjà beaucoup. Nous nous sommes rendus compte que l’un des rares privilèges de l’homme moderne dans notre société, c’est de pouvoir disposer de son temps, le plus souvent calqué sur celui de l’entreprise, et plus généralement de la société (élections et impôts notamment). Nous, nous avons décidé de prendre notre temps: le temps d’être ensemble en famille, de partager les mêmes découvertes et même le temps de nous découvrir les uns les autres, sinon nous-mêmes. Il y a une grande ambition derrière cette escapade nautique, qui est avant tout une aventure humaine.

Nous ne fuyons pas le monde, pour répondre à une question que nous ont posé des enseignants français à Porto (Portugal), bien au contraire. Notre objectif est de rencontrer d’autres gens. Prendre le temps de parler sans autre objectif que celui d’échanger (y compris nos adresses) est un leitmotiv au cours de cette année sabbatique..  L’aventure nautique a enfin commencé et bientôt nous vous ferons le récit de nos étapes. A bientôt !

Nos précédents dossiers

Mon cap Horn à moi

mardi 21 mars 2000 (départ 7h15): Le Cap Finisterre tant attendu, tant redouté et redoutable se profile enfin. Mais surprise (un présage ?), le vent tombe et c’est en déjeunant – et au moteur si je me souviens bien - que nous passons Finisterre, mon cap Horn à moi, à moins d’un mille de la côte sauvage de Galice.
Le Belém, trois mats français que nous rencontrerons quelques jours plus tard dans la ria d’Arosa, n’a pas eu cette chance (force 7-8 et mer hachée au passage du cap) et tous les stagiaires du bord ont rendu aux poissons leur déjeuner.

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Muros, petit port de pêche entouré de montagnes et bien abrité dans sa ria. L’une de nos premières belles escales.

Dans l’euphorie du passage du cap, nous tentons d’appeler le gardien du phare sur la VHF, sans succès. Mais l’ambiance à bord est splendide. Vers 20h, nous entrons enfin dans le port de pêche de Muros.Une escale à ne pas manquer sur la côte de Galice. Deux pontons devraient permettre aux plaisanciers d’accoster, mais les barques de pêche remplacent les voiliers et nous nous mettons à couple d’une navette à touristes. Nous sommes l’unique bateau de plaisance dans ce port, filets et casiers traînent sur les quais : nous avons l'impression de découvrir un site préservé.
Le soir, fatigués, nous préférons dîner au restaurant situé sur la promenade le long du port. Pas de douches ni de sanitaires, mais le sentiment d’être privilégiés…

Dans la baie des flibustiers

Jeudi 23 mars 2000 (départ 13h): Une fois de plus la mer est belle et les conditions de vent excellentes. Si l’on excepte la sortie de la ria de Muros (nous sommes partis de la marina de Portosin où nous avons pu nous refaire une " beauté ") avec un vent de sud-ouest dans le pif, nous avons navigué le reste de la journée avec de l’ouest, destination la ria d’Arrosa, connue pour ses contrebandiers en drogues et cigarettes.
Sur le livre de bord, j’ai noté : " 19h47, coucher de soleil et lumière magnifique sur les roches de granit de l’île Salvora, à l’entrée de la ria d’Arrosa (…) ". Nous naviguerons donc de nuit pour entrer dans cette baie mal pavée, mais néanmoins bien balisée. Eric a entré dans son GPS les " Way-points " indiquant les cailloux et quatre paires d’yeux ne sont pas superflues pour distinguer feux et balises. Nous sommes d’autant plus stressés qu’un " Navigation warning " lancé sur le canal 16 indique qu’un parc à moules s’est détaché et dérive dans la baie. Nous ne le verrons pas et l’entrée à Puebla del Caraminal est parfaite.

Vendredi 24 mars 2000: Temps de chien sur la ria (vent de sud-ouest, orage et pluies). Nous restons à quai et en profitons pour partir en ballade à Saint-Jacques de Compostelle. Nous sommes guidés, grâce à Denis, par Antonio, un chauffeur de taxi galicien, " muy, muy sympathico ".
Au retour, c’est magique : à l’entrée du port de Puebla mouille le Belém, ce trois-mats français de 58 m, qui descend aux Canaries.
Sur le 16, nous contactons le capitaine, qui nous autorise à visiter le bateau. Bêtement, j’ai laissé mon appareil photo sur Maldoror. Tant pis, les souvenirs resteront gravés dans ma tête grâce aux explications du lieutenant en second du Belém, Matthieu, qui nous accompagne tout au long de la visite. Nous verrons le fameux escalier à double spirale en acajou de Cuba, installé à la demande du duc de Westminster.

"Un avant-goût de paradis "

Samedi 25 mars 2000 (9h15): "Deux grains et une troupe de dauphins ", ai-je noté dans le livre de bord.. Nous avons passé notre journée au moteur pour sortir de la ria d’Arrosa et doubler l’île Ons (côté large). Deux grains nous ont permis de dérouler le génois et d’effectuer quelques surfs à 7 nœuds, par une houle du travers arrière – sympa – avant de déjeuner aux îles Cies.
Ce sont deux îles qui barrent l’entrée de la ria de Vigo et la protègent de la houle d’ouest de l’Atlantique. Deux îles, comment dire, qui donnent un avant-goût du paradis sur cette terre. La comparaison n’est pas trop forte, c’est un paradis pour ceux qui viennent de la mer et trouvent ici des mouillages abrités dans un paysage superbe – côte rocheuse découpée, plages de sable fin, eau transparente, phares à visiter absolument et réserve naturelle pour les oiseaux. Une chance : nous sommes hors saison, et une dizaine de voiliers " seulement " mouillent à proximité de la plage. Le soir, nous partons pour Vigo, qui ne vaut que pour une escale technique – gas-oil, douches, etc – Pour le reste, c’est une (très) grande ville sans intérêt à mon goût.
Le lendemain nous retournons aux Cies.
Magie, magie : qu’il est doux de se promener pieds nus dans le sable fin en se dorant au soleil… en plein mois de mars. Puis de monter jusqu’au sommet de l’île principale, en dominant même les mouettes qui nichent plus bas dans les falaises tournées vers l’ouest.
Après une montée épique – hors sentiers – avec Denis (j’ai les jambes griffées par les ronces) la vue sur 360° autour du phare, notamment sur l’horizon de l’océan, nous laisse croire que nous voyons réellement la courbure de la terre. Si vous n’avez jamais été aux îles Cies, prenez le premier avion pour Vigo, puis le ferry (en été seulement) qui vous débarquera sur le môle. Le bout du monde, à deux heures d’avion de Paris

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Passage symbolique devant la tour de Belém pour Philippe Gammaire, sur le Tage à Lisbonne.

  • Textes et photos Philippe Gammaire


Sur le Web

  • Nautiweb, le site des marins sans frontières
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