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Et si on partait ?

Un soir, fin d’hiver 99, la question fuse dans le salon. Un bon feu de bois crépite dans la cheminée, le chat vient se frotter contre nos jambes, les enfants dorment et tout est bien.

Chiche, répond l’autre…

L’envie de multiplier les horizons, de changer de routine, l’envie de se lancer un défi, une envie folle, un vieux rêve qui me trottait derrière la tête et voilà comment a germé l’idée d’un congé sabbatique dans notre esprit. Mais pas n’importe lequel puisque nous avons décidé de naviguer en bateau durant un an.


"Disposer du temps"

Notre projet, au fond, est très simple: sillonner la Méditerranée, berceau de notre civilisation et de notre culture durant quelques mois, sans autre contrainte que celle du vent, de la houle et de nos envies: c’est déjà beaucoup. Nous nous sommes rendus compte que l’un des rares privilèges de l’homme moderne dans notre société, c’est de pouvoir disposer de son temps, le plus souvent calqué sur celui de l’entreprise, et plus généralement de la société (élections et impôts notamment). Nous, nous avons décidé de prendre notre temps: le temps d’être ensemble en famille, de partager les mêmes découvertes et même le temps de nous découvrir les uns les autres, sinon nous-mêmes. Il y a une grande ambition derrière cette escapade nautique, qui est avant tout une aventure humaine.

Nous ne fuyons pas le monde, pour répondre à une question que nous ont posé des enseignants français à Porto (Portugal), bien au contraire. Notre objectif est de rencontrer d’autres gens. Prendre le temps de parler sans autre objectif que celui d’échanger (y compris nos adresses) est un leitmotiv au cours de cette année sabbatique..  L’aventure nautique a enfin commencé et bientôt nous vous ferons le récit de nos étapes. A bientôt !

Nos précédents dossiers

De la Tour d’Hercule
aux rives du Tage

Derniers au-revoir sur le quai de la gare de Mulhouse, l’aventure nautique – une année sur notre bateau de 11m – démarre par… 24h de train, direction La Coruña sur la côte nord-ouest de l’Espagne.

C’est là que " Maldoror ", superbe Dufour 35 (il ne peut être que superbe car c’est notre bateau, notre maison), se balance depuis six mois sur une bouée à l’entrée du Real Club Nautico.
Notre coursier des mers attend d’être réarmé pour une année sabbatique, qui nous emmènera, Véronique, nos trois enfants et moi, vers Mare Nostrum, le berceau de notre culture, la Méditerranée.
Ça y est, j’y suis. Il faut maintenant préparer le bateau pour le prologue à notre voyage, c’est à dire une croisière de 15 jours qui m’emmènera de la Tour d’Hercule aux rives du Tage.

15 jours de préparatifs au cours desquels les Marineros du club nautique verront arriver 30 colis, une planche à voile, une éolienne, une grand-voile et une quantité de matériel hétéroclite. Ils me lancent des regards interrogatifs et se demandent ce que prépare ce français qui vit seul sur son bateau…Moi je vis au rythme de la remise en route de Maldoror et j’installe jour après jour le matériel, l ‘accastillage, les vêtements, l’électronique qui vont équiper Maldoror pour une année de voyage. 15 jours à la Corogne, pour faire vivre à nouveau l’âme de notre beau coureur d’océans.

" Sur la Costa del morte "

Lundi 20 mars 2000

Cette fois, pas question de dire " pouce ". Mes équipiers – Pierre, Denis et Eric – sont à pied d’œuvre pour descendre vers le sud. Maldoror passe le travers de la tour d’Hercule – le plus ancien phare (romain) encore en activité au monde – sous yankee (petit foc de brise, voile d’avant du bateau) et grand-voile à deux ris. Force 6, au près, pour notre départ du sud-ouest de l’Espagne à destination de Lisbonne : près de 500 miles (900 km) de navigation à proximité des côtes découpées et méconnues de Galice, la Bretagne espagnole, puis de la côte portugaise.
Notre première étape se situe à cinq-six heures de navigation de là : c’est une petite ria, celle de Corme et Lage, située sur la " Costa del morte" au sud-ouest des iles Sisargas que nous débordons largement.

Tout au long du parcours, dans une mer argentée, torturée par la houle et le vent, des dauphins nous ont accompagné, jouant avec notre vague d’étrave. Nous verrons souvent ces mammifères magnifiques au cours de notre navigation.
Ils nous accompagnent en bande, comme des animaux familiers, joueurs et cabots comme pas deux : rien ne vaut le regard du dauphin, qui se met sur la tranche et vous observe (oui, avec son œil). C’est une expérience étonnante que beaucoup de marins connaissent bien. On ne s’en lasse jamais. C’est comme un don qui vous est fait l’espace de quelques instants : celui de communiquer (et nous sommes des êtres de communication) avec une espèce animale qui vit sous la mer.

La nuit, c’est encore plus magique : les dauphins se meuvent à travers un plancton phosphorescent qui scintille les nuits sans lune.

Ils tracent alors un sillage sous-marin que l’on voit parfaitement, des arabesques qui courent à côté et sous le bateau : un balai nautique rythmé par la houle, véritable spectacle qui vide l’esprit, émerveille les sens. Plus d’une fois je me suis surpris à penser que ces poissons intelligents sont de véritables messagers, des anges-gardiens, des amis tout simplement…

L’appellation de cette côte, dite de la mort, n’est pas usurpée : nous l’apprendrons plus tard par la presse locale, un chalutier a été perdu corps et biens la veille de notre arrivée à Corme et nul ne sait pourquoi les pêcheurs n’ont pas déclenché leur balise de détresse. L’océan gardera son secret, malgré la technologie. Depuis bien longtemps, les navires en perdition ont été drossés sur cette côte mal pavée… Quant à nous, nous arrivons dans le petit port de pêche de Corme – sans charme, autant le dire – à la tombée de la nuit. Première étape après sept heures de navigation au portant, dans une belle houle de l’arrière. Départs au surf à plusieurs reprises, il fallait bien tenir le bateau perpendiculaire à la vague. Nous avons cinglé vers l’ouest, vers ce cap Finisterre que je redoute, et nous avons atterri dans cette anse de pêcheurs, autant dire un endroit peu fréquenté des plaisanciers. Nous aurions pu mouiller notre ancre mais nous avons préféré nous mettre à quai et jouer toute la nuit avec nos amarres… et la marée. C’est un petit village de " péchous ", rude et sans charme, qui vit au rythme des arrivages de poisson frais et des ventes à la criée de pousse-pieds. Dans les cafés, il n’y a que des hommes…

J’ai hâte de déguerpir...

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Passage symbolique devant la tour de Belem pour Philippe Gammaire, sur le Tage à Lisbonne, qui a vu le départ de tant de navigateurs portugais vers le Nouveau-Monde.

  • Textes et photos Philippe Gammaire


Sur le Web

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