Samedi 29 avril 2000

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10 appareils testés

Plus d'une dizaine de marques se disputent aujourd'hui le marché de la photo numérique grand public. Comment choisir ? Les réponses, après tests, du labo de SVM.

Les appareils photo numériques grand public ont des atouts à faire valoir, de la manipulation des images numériques à leur visionnage sur la télé. Du coup, toutes les marques ont leur gamme. Pour ce comparatif, le magazine SVM a préféré opposer les modèles les plus récents, vendus entre 5 000 et 7 500 F. Leurs capteurs dépassent généralement les 2 millions de pixels, ce qui permet de restituer des images de qualité dans des formats moyens de 1 700 x 1300. Pour autant, méfiance : certains modèles affichent une résolution supérieure à la capacité du capteur - or, c'est au prix d'une interpolation logicielle qui dégrade la qualité de la photo... De même, un zoom numérique "pixellise" l'image et n'a donc rien de comparable avec un véritable zoom optique.

Parmi les critères de choix, la capacité mémoire vient en tête : d'elle dépend le nombre de clichés que l'on peut prendre. Concrètement, avec une carte de 8 Mo, on stocke une seule image non compressée dans la plus haute résolution ! Mais en jouant sur le taux de compression ou en s'en tenant à une image en 640 x 480, on pourra stocker jusqu'à 120 clichés... Pour le reste, on vérifiera les fonctions de l'appareil, comme la balance, le débrayage, la sensibilité, la vitesse, etc.
Ne vous laissez pas abuser par la promesse de la vidéo : elle ne porte que sur une à deux minutes et tient plus du gadget. En revanche, un microphone permettra d'ajouter aux photos un commentaire vocal pour servir de mémo. Quant à l'ergonomie, touches de navigation, accès aux paramètres ou boutons de commande seront chaque fois à étudier. Pour finir, un conseil : préférez les solutions de transfert USB vers le PC à 10 mégabits/s. Quand on sait qu'une image de qualité provenant d'un appareil de 2 millions de pixels et compressée raisonnablement "pèse" dans les 600 Ko, vous apprécierez vite le gain de temps...

The best

Les tests ont fait ressortir l'Epson PhotoPC 850Z comme l'appareil photo numérique le plus complet de ce comparatif. Le Kodak DC 290Z s'avérant le plus automatique tandis que le Ricoh RDC-5300 affiche la plus grosse mémoire. Mais c'est le Casio QV-3000EX/Ir qui est apparu le plus performant. Seul à intégrer un capteur de plus de 2 mégapixels, il profite à la fois d'un bon piqué d'image et, surtout, d'un excellent comportement dans la restitution des couleurs. Livré avec tout ce qu'il faut pour être immédiatement opérationnel, il ne pèche que par son boîtier, dont les trappes d'accès semblent un peu fragiles. Un petit bonus : il génère un index HTML (une page Web, si vous préférez) des prises de vues pour une diffusion immédiate sur le Net. Mais dommage qu'aucun logiciel ne soit fourni avec...

Casio QV-3000EX/Ir. Capteur de 2,3 mégapixels, livré avec une mémoire de 8 Mo et la connectique pour Mac et PC, dont l'USB et la transmission par port IrDa. Env. 7 000 F TTC.

Le virage numérique

Depuis un an, les photographes de "L'Alsace- Le Pays" travaillent avec des boîtiers numériques et des appareils "classiques" utilisant des pellicules argentiques. Mathieu Lerch, reporter à Colmar, dissèque les atouts et les faiblesses de cette nouvelle technologie de plus en plus utilisée par le grand public.

phot.JPG (21971 octets)


Appareil avec pellicule argentique ou fichier numérique. En terme de qualité et de prix, il n'est pas encore facile de choisir. Mais le numérique gagne du terrain.


  • Quel est le matériel utilisé en reportage?

En plus de nos boîtiers classiques (Canon EOS, Nikon F...) nous travaillons depuis près d'un an avec des compacts numériques PowerShot Pro 70 de chez Canon. Ce matériel a été choisi parce qu'il donne un angle de champ relativement grand (équivalent au 28 mm en 24x36) alors que les concurrents ne descendaient pas sous l'équivalent du 38 mm. C'est une manière, pour les onze photographes professionnels du journal, de se mettre progressivement au numérique, en attendant mieux, et surtout moins cher, du côté du matériel véritablement professionnel. Actuellement il faut compter près de 40 000 F pour un D1 Nikon, et près du double pour le matériel sensiblement équivalent chez Canon.

  • Quels sont les apports du numérique par rapport à l'argentique?

Le contrôle direct des prises de vue grâce à un écran LCD, la rapidité d'exploitation très appréciable en presse (plus de temps de développement), les dizaines de pellicules que l'on a plus à transporter dans notre sac, une meilleure sensibilité en basse lumière, les possibilités créatives au niveau du cadrage grâce à l'écran orientable et la suppression rapide des clichés râtés.

  • Et les faiblesses du numérique?

La perte de l'instantanéité du déclenchement à cause du temps de chargement de l'image, l'impossibilité de débrayer l'appareil en manuel et l'emplacement mémoire limité. Ces appareils sont de gros consommeurs de batteries et il faut un bon matériel informatique pour l'exploitation et l'archivage. Il est d'ailleurs important d'être bien organisé au niveau du classement de ses archives, sous peine de ne jamais les retrouver. En numérique, toute suppression de fichier photo est irréversible.

  • Quelles sont les principales contraintes techniques pour réussir une belle image avec un boîtier numérique?

Il faut soigner l'exposition au moment de la prise de vue. La sous-exposition est dangereuse et la sur-exposition carrément catastrophique. Pour celui qui souhaite imprimer ses photos, il faut une très bonne imprimante, l'encre ad hoc, et le meilleur papier.

  • La prise de vue effectuée, peut-on actuellement comparer en terme de qualité, de coût et de durée de conservation un tirage papier et un tirage numérique?

Un tirage numérique, si l'on prend des produits de qualité, revient plutôt plus cher qu'un tirage d'après négatif. Avantages cependant: un meilleur contrôle de la balance des blancs, et surtout la possibilité d'imprimer seulement une partie de l'image, alors que les labos photo amateurs ne font pas de recadrage. Pour cela, il faut aller dans un labo pro, dont les tarifs sont deux ou trois fois plus élevés.
Côté conservation des tirages, on ne sait pas trop, vu que la technologie numérique est relativement récente. Mais il semblerait que les couleurs s'altèrent assez rapidement. Par précaution, conserver ses fichiers photo numériques "brut", sans les compresser de trop (dégradation), pour pouvoir les réimprimer le jour où les fabricants pourront garantir une bonne longévité des tirages.

  • Quel est le cahier des charges d'un photographe professionnel pour les appareils numériques de demain?

On peut rêver d'un nouveau langage permettant des taux de compression plus importants, mais avec moins de dégradations et une progression dans la consommation électrique pour l'autonomie des batteries. Des progrès sont aussi à faire au niveau des cellules pour l'analyse différenciée de la lumière, selon les sujets de prise de vue.

  • A quelle date peut-on prévoir la disparition pure et simple de la technologie argentique dans le milieu de la photo de presse?

D'ici cinq ans, ce n'est pas utopique, parce qu'il faut aller vite et économiser sur les consommables (films, produits de développement). Hormis la presse, le numérique sera apprécié par le photographe internaute. C'est une invention formidable pour balancer l'album de naissance du petit dernier à tonton Jeannot qui habite en Nouvelle-Calédonie, l'architecte qui veut intégrer rapidos son projet dans le décor existant, ou le traiteur qui veut montrer à ses clients ce qu'il sait faire, ou pour l'imagerie médicale. Mais pour le grand public, l'argentique a encore de beaux jours devant lui.

Propos recueillis par Laurent Gentilhomme


Sur le Web

FujiS1-160.jpg (5985 octets)

La nouvelle bombe photo. Un boîtier Fuji qui délivre des images de 6,1 mégapixels, sera disponible cet été
pour moins de 35 000 F.

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