Jeudi 20 avril 2000

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Et si on partait ?

Un soir, fin d’hiver 99, la question fuse dans le salon. Un bon feu de bois crépite dans la cheminée, le chat vient se frotter contre nos jambes, les enfants dorment et tout est bien.

Chiche, répond l’autre…

L’envie de multiplier les horizons, de changer de routine, l’envie de se lancer un défi, une envie folle, un vieux rêve qui me trottait derrière la tête et voilà comment a germé l’idée d’un congé sabbatique dans notre esprit. Mais pas n’importe lequel puisque nous avons décidé de naviguer en bateau durant un an.


"Disposer du temps"

Notre projet, au fond, est très simple: sillonner la Méditerranée, berceau de notre civilisation et de notre culture durant quelques mois, sans autre contrainte que celle du vent, de la houle et de nos envies: c’est déjà beaucoup. Nous nous sommes rendus compte que l’un des rares privilèges de l’homme moderne dans notre société, c’est de pouvoir disposer de son temps, le plus souvent calqué sur celui de l’entreprise, et plus généralement de la société (élections et impôts notamment). Nous, nous avons décidé de prendre notre temps: le temps d’être ensemble en famille, de partager les mêmes découvertes et même le temps de nous découvrir les uns les autres, sinon nous-mêmes. Il y a une grande ambition derrière cette escapade nautique, qui est avant tout une aventure humaine.

Nous ne fuyons pas le monde, pour répondre à une question que nous ont posé des enseignants français à Porto (Portugal), bien au contraire. Notre objectif est de rencontrer d’autres gens. Prendre le temps de parler sans autre objectif que celui d’échanger (y compris nos adresses) est un leitmotiv au cours de cette année sabbatique..  L’aventure nautique a enfin commencé et bientôt nous vous ferons le récit de nos étapes. A bientôt !

Nos précédents dossiers

Un an de vacances

Nous avons décidé de prendre un an de vacances, en famille et en bateau. Ça y est, nous sommes à Lisbonne, prêts à doubler le cap St-Vincent puis embouquer (NDLR: s'engager dans) le détroit de Gibraltar pour une année de découvertes en Méditerranée.

A force de lire les magazines spécialisés " bateaux ", j’ai voulu passer derrière - non pas le miroir - mais le papier glacé. Essayer toutes ces routes maritimes que tracent à longueur d’année les journalistes de ces revues à rêve que beaucoup d’entre nous (les passionnés de bateaux bien sûr) lisent en se disant qu’un jour, peut-être (sans doute), ils partiront. Voilà, c’est fait ! Un an et demi plus tard, je suis sur le bateau qui se balance au bout d’un ponton de la marina EXPO 98 de Lisbonne…famille.JPG (36093 octets)

Visite du Bairo Alto, le quartier du Fado dans le vieux Lisbonne. L’année sabbatique de la famille Gammaire vient de commencer, à la découverte d’autres cultures. (Photos Ph.G.)

Entre-temps, nous avons vendu notre maison, notre voiture et placé toutes nos affaires chez un garde-meubles. Pas une mince affaire car il fallait aussi régler les questions (problèmes) administratives : impôts sur le revenu, taxe d’habitation, audiovisuelle (!), couverture sociale, changement d’adresse, gestion de nos revenus durant un an, etc. Jusqu’à la préparation des cours à bord du bateau, dispensés par mon épouse Véronique pour nos deux plus grands enfants : Jéromine (10 ans) et Benjamin (8 ans). Car l’école rythmera nos navigations, c’est impératif. Avec ce privilège aux escales : la visite de sites historiques qui jalonnent toute la Méditerranée, la découverte de cultures et d’autres modes de vie, sans oublier la leçon de géographie permanente, grâce aux cartes marines et terrestres des pays visités.

" Quelque chose a changé : le regard des gens "

En attendant la réalisation du rêve, la liste est longue de tout ce que l’on doit quitter: nos parents, amis et relations de travail, y compris notre banquier, certes heureux (pas si sûr, remarquez) de nous voir rembourser l’ensemble de nos prêts mais qui nous prend pour de doux-dingues.
Mais au final nous sommes plus légers, plus insouciants et aujourd’hui, la seule chose qui nous inquiète vraiment c’est la météo qu’il fera dans les prochains jours. Car c’est elle qui conditionne nos navigations à venir, et le bien-être de nos trois enfants (j’oubliais Apolline tout à l’heure, notre petite dernière âgée de sept mois) à bord de Maldoror, notre voilier de 10,9m. Notre bon vieux " Maldo", costaud à la mer et agréable à vivre, (un Dufour 35 de 10 ,90m), m’a déjà emmené fin mars, de La Corogne (Nord-ouest de l’Espagne) à Lisbonne où nous sommes actuellement. (NDLR: Ce sera le sujet de la prochaine carte postale de Philippe)
.

Une remarque au passage. Le temps de notre préparation au voyage a duré une bonne année et quelque chose a changé : le regard des gens. Nous sentons une forme d’admiration mêlée de crainte. " Vous avez raison de réaliser votre rêve ", " je vous envie ", nous dit-on régulièrement. D’autres nous demandent à juste titre : "Et vous allez faire comment avec les enfants ?" ou encore, effrayé, " Vous partez… avec le bébé ?  Vous savez naviguer ?"

Personne ne nous a dissuadés, au contraire. J’ai eu vent une seule fois, par personne interposée, de quelqu’un disant que notre projet était complètement… "con". Une chose est sûre, nous n’avons jamais imposé notre idée à personne : elle ne représente que notre envie à un moment donné de notre vie, pas un aboutissement (de loin) mais un passage qui nous convient, et nous comprenons parfaitement que d’autres ne partagent pas notre projet.

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Passage symbolique devant la tour de Belem pour Philippe Gammaire, sur le Tage à Lisbonne, qui a vu le départ de tant de navigateurs portugais vers le Nouveau-Monde.

  • Textes et photos Philippe Gammaire


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