« L'innocente » commençait bien, pourtant : « Mabel n'est pas cinglée. Elle est différente, mais pas cinglée. Alors dis pas qu'elle est cinglée. Cette femme-là cuisine, coud, fait les lits, la salle de bains. Elle ferait ça si elle était cinglée?» Cette phrase tirée d'un film de Cassavetes, placée en exergue du roman est malheureusement la seule trace d'humour de plusieurs histoires qui s'attachent à décrire la vie quotidienne de femmes anonymes, fondues dans une société d'êtres réduits à leurs seules initiales. Mère, séductrice, épouse ou oisive, toutes sont des êtres vides, sans visage et sans nom, simplement personnalisées par un "je" vain. A lire le quotidien triste et mécanique de ces vies stériles à force d'être trop futiles ou trop utiles, décrit froidement et sans fioritures, on se demande quel est l'intérêt de ce premier roman. Si c'est celui de montrer que les femmes s'épuisent à s'occuper de leurs enfants, de leur mari, de leur ligne et de leur travail, faut-il remercier l'auteur, Dominique Souton, de cette nouvelle information bouleversante de fraîcheur ?
Innocente, Dominique Souton. Editions de l'Olivier. 139 pages. 95 F.











