Itinéraire d'un vin médaillé

Chaque année, le concours des vins de Colmar rassemble le meilleur
de la production alsacienne. Au-delà de la simple récompense,
 les médailles gagnées représentent les fruits de l’histoire personnelle d’un vigneron.
Au pied du château du Haut-Koenigsbourg, nous nous sommes intéressés
 à celle de Cécile Bernhard-Reibel, qui dédie ses lauriers à sa vigne
et aux terroirs qui la portent

    « Lorsque j’ai obtenu ma première médaille d’or, j’étais heureuse comme une petite fille qui reçoit sa première poupée ». C’était en 1982. Cécile Bernhard-Reibel, viticultrice à Châtenois, avait présenté un pinot blanc au Concours général agricole. Ce vin était issu de la deuxième récolte qu’elle avait vinifiée elle-même. Depuis, chaque année, de nouveaux diplômes viennent enrichir la collection de distinctions. La toute première médaille gagnée à Paris restera à jamais dans sa mémoire. Comme « un enfant chéri ». Ce vin était le fruit d’une nouvelle vie.

« Notre concours de Colmar »

    Concours de Paris, de Mâcon, de Colmar, Vinalies, diplôme de la Confédération nationale des caves particulières, sigillé (label de qualité) de la Confrérie Saint-Etienne, prix d’excellence de la Confrérie du Haut-Koenigsbourg... Ces diplômes alignés au mur de son bureau sont autant de motif de fierté et de reconnaissance de la profession. « C’est là que les vignerons alsaciens se confrontent », dit-elle à propos du Concours des vins de Colmar dont la liste des lauréats s’affiche chaque été. Elle insiste : « Colmar, c’est notre concours à nous. Ces vins sont par la suite présents à la Foire. »

    Selon son intime conviction, les médailles gagnées sont d’abord les fruits de «l’histoire personnelle du vigneron ». Elle s’explique. « Le vigneron orchestre sa vigne. Il la respecte ou en abuse s’il lui fait porter trop de fruits. Pour moi, chaque pied de vigne est un individu. Il est vivant dans son environnement, dans un sol soit granitique, calcaire, schisteux ou volcanique. » Il demande à être accompagné pour que ses racines puisent le plus profondément possible ces arômes qui donnent la note de son terroir. Sa personnalité (Les médailles gagnées sont d’abord les fruits de « l’histoire personnelle du vigneron ».) n’est pas la même selon qu’elle est orientée au sud, à l’est ou au nord, selon le millésime. Sa santé est liée à son âge, au soleil, à la pluie, à la grêle ou au vent.

Une histoire d’amour

    Pour Cécile, il existe une complicité. Elle parle de lien affectif entre la vigne et son vigneron. « Et la vigne nous le rend bien », constate-t-elle. « J’ai une parcelle de plus de 50 ans destinée à être coupée. Je la soigne, je la bichonne. Quelque chose se passe entre nous. Contrairement à un jeune plant qui, tel un jeune homme, croit tout savoir et a du punch, la vieille vigne fait preuve de sagesse. Elle est modérée dans ses réactions, se montre réfléchie, donne moins de fruits mais de meilleure qualité. »

Ainsi, les rieslings sigillés de Cécile récoltés au lieu-dit Weingarten dans le massif du Hahnenberg en 1996, 1997, puis en 1999, ont pris place dans l’œnothèque de 60 000 bouteilles de la Confrérie Saint-Etienne dont, d’ailleurs, Cécile Bernhard-Reibel est l’une des rares femmes - elles sont quatre - à siéger au Grand Chapitre. Cette œnothèque, mémoire du vignoble, témoin de tous les millésimes depuis 1947, convie ces vins distingués à entrer dans l’histoire des meilleurs crus d’Alsace.

Médaille en chocolat ou garantie de qualité ?

    Si un vin a été distingué, c’est parce que son producteur a osé mettre son vin en compétition et parce qu’un jury plus ou moins exigeant et compétent en a reconnu les mérites. Un vin médaillé offre des garanties aux consommateurs.

    Chaque échantillon médaillé ou sigillé a été analysé et correspond aux critères définis. Il existe aussi de très grands vins qui n’ont jamais été médaillés. Les grandes maisons n’ont pas toutes l’esprit sportif mais proposent pourtant des vins superbes. Le Concours général agricole distingue les vins au berceau. Des vins moyennement notés à Paris en début d’année sont souvent honorés lors des concours de Mâcon ou de Colmar organisés au printemps et au début de l’été. Un sigillé de la Confrérie Saint-Etienne offre d’incontestables garanties de qualité. Les Vinalies couronnent des vins de haute expression.

    Les Vinalies internationales récompensent des vins sélectionnés dans différents pays producteurs.

    

Culture raisonnée

    Pour ce massif granitique du Hahnenberg, situé sur les pentes raides des collines sous-vosgiennes à Châtenois, au pied du Haut-Koenigsbourg, la vigneronne a choisi des plants complémentaires et refuse tout clone. Sensible à l’environnement, son exploitation adhère aux associations Vigne Vivante et Typhlo. La première, en fonction des analyses du sol, prône un apport minimum de compost pour permettre l’expression optimum du terroir ; la seconde est agréée par l’organisme international de lutte biologique. La parcelle, qui produit de 50 à 60 hectolitres par hectares, n’est pas sujette aux invasions des vers de la grappe. La vendange manuelle permet d’apporter les raisins entiers au pressoir. La vinification est traditionnelle. Le sucre contenu dans la bouteille n’est que le fruit de la nature et du soleil. Le vin n’est pas chaptalisé.

    Si la médaille est toujours synonyme de qualité (voir encadré), l’inverse n’est pas forcément vrai : « Il existe en Alsace de très grands vins qui n’ont jamais été médaillés », signale Cécile Bernhard-Reibel en servant un riesling vendange tardive qui n’a pas été distingué par la Confrérie Saint-Etienne.      

* Cécile Bernhard, propriétaire-viticulteur :
20, rue de Lorraine. 67730 Châtenois.
Tél. : 03.88.82.04.21. Fax : 03.88.82.59.65.

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