La guerre du gaz entre Moscou et Kiev s’est encore envenimée hier avec une paralysie désormais complète du réseau de gazoducs approvisionnant l’Europe via l’Ukraine.
Au moins douze pays européens, dont l’Autriche, la Roumanie, la République tchèque, la Bulgarie, l’Italie et la France sont privés de gaz russe, alors qu’une vague de froid sévit sur le continent, avec des températures tombées à -30 degrés dans certains pays. Nombre d’entre eux ont commencé à puiser dans leurs réserves.
À Sarajevo, en Bosnie, où la majorité des ménages se chauffe au gaz, les habitants grelottent chez eux, le manque de chauffage leur rappelant la guerre de 1992-95. Des responsables bosniaques redoutent que des gens « commencent à mourir de froid ».
Le transit de gaz par l’Ukraine représente un nœud énergétique vital pour l’Europe. Un quart du gaz consommé sur le continent provient de Russie, dont 80 % transite par l’Ukraine.
L’Ukraine et la Russie se rejettent mutuellement la faute de l’arrêt des livraisons. Le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, affirme avoir autorisé l’arrêt des livraisons parce que l’Ukraine « vole » le gaz russe qui transite par son territoire.
« Plus grave que la crise de 2005-2006 »
La coupure a provoqué de vives réactions en Europe : « Si les livraisons ne sont pas rétablies d’ici 24 h, nous verrons une intervention plus ferme de la présidence et de l’Union européenne en tant que telle », a déclaré le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek, dont le pays préside l’Union européenne pour six mois. Il n’a pas précisé quelle forme cette réaction pourrait prendre.
« La crise actuelle du gaz est beaucoup plus grave que celle qu’on avait connue en 2005-2006 », selon le Premier ministre tchèque. Selon lui, non seulement les pays d’Europe centrale et des Balkans, mais aussi l’Allemagne — principal client de Gazprom au sein de l’UE — connaîtront des problèmes dans les prochains jours.
La reprise des négociations entre la Russie et l’Ukraine est prévue aujourd’hui à Moscou. Les pourparlers sont interrompus depuis le 31 décembre au soir.
Si la crise paraît plus grave que celle de janvier 2006, qui avait conduit à une brève interruption des livraisons vers l’Europe du gaz russe, les analystes soulignent que ses protagonistes sont cette fois nettement mieux préparés, et ont accumulé des réserves pour les cas d’urgence. Ces stocks risquent toutefois de faire traîner la dispute en longueur, relève Andrew Neff, analyste de Global Insight. En 2006, la non-préparation des Européens les avait poussés à exiger un règlement très rapide de la crise.











