C’est Vladimir Poutine en personne qui est à la manœuvre, dans la guerre du gaz avec l’Ukraine : s’il s’agissait d’un simple litige commercial, le Premier ministre russe ne serait pas ainsi en première ligne. Le conflit est géostratégique, à plusieurs niveaux.
Niveau un : l’Ukraine. La Russie n’a jamais accepté la « révolution orange » qui a rapproché l’ancien État soviétique de l’Occident, et tout particulièrement de l’Otan. L’Ukraine bénéficiait auparavant de tarifs spéciaux pour le gaz. Puisqu’elle se rapproche de l’Ouest, Poutine veut lui faire payer les tarifs du marché à l’Ouest, et même plus. Si Kiev accepte, c’est tout bénéfice pour Moscou. Si l’Ukraine refuse, comme c’est le cas, Poutine s’appuie sur le blocage pour la désigner à la vindicte des Européens, privés d’approvisionnement.
Niveau deux : l’économie. Grand exportateur de pétrole, la Russie a beaucoup perdu avec la chute des cours de l’or noir. Poutine veut se rattraper sur le gaz, dont son pays est le premier producteur mondial. Il a prévenu dès décembre : « L’époque du gaz bon marché est révolue. » Il passe à la pratique.
Niveau trois : la fierté. Les Russes ont perdu leur statut de superpuissance mondiale avec la chute de l’Union soviétique. Après l’invasion de la Géorgie à l’été dernier, Poutine a une deuxième occasion de rappeler que l’époque Eltsine est révolue et qu’il faut, à nouveau, compter avec Moscou. Dans l’immédiat, le Kremlin n’a que des atouts : il fait froid et tout le monde a besoin de gaz. À long terme, il n’est pas sûr qu’il en aille de même. Pour la deuxième fois en trois ans, la Russie n’honore pas ses contrats et les Européens réfléchissent à d’autres sources d’approvisionnement. En outre, les installations de Gazprom, héritées de l’URSS, commencent à vieillir. Le géant a les pieds fragiles. Les Européens peuvent lui tenir tête, à condition de diversifier leurs ressources énergétiques, et de parler d’une même voix. Ce sera difficile, mais indispensable.











